GENEVIEVE COMPAIN, dite GENY.

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : " Geny " est-ce votre vrai prénom ? Ou est-ce votre pseudonyme ? Et tant que j'y suis, estimez-vous être à Banne comme artiste singulière ? Ou comme artiste contemporaine ?

Geny : Mon véritable nom est Geneviève Compain. Geny est mon pseudonyme. Disons que je suis plutôt contemporaine. Mais, sachant que je venais à Banne, j'ai fait quelque chose qui est plutôt singulier. Parce qu'à travers ce que je fais, je présente souvent des œuvres plutôt singulières.

 

JR. : Et d'une façon générale, que faites-vous ?

G. : Des assemblages. Ce que je présente là et que je présenterai au Salon Comparaisons à l'automne, et au Salon d'Automne, dans le secteur " Art singulier ", sont des assemblages, des récupérations d'objets divers venant des brocantes, des collections… J'arrive à avoir trois ou quatre mille pièces à la maison, dans lesquelles je cherche jusqu'à ce que l'une d'elles me convienne. Après cela, je cherche le complément dans un but donné, c'est-à-dire qu'une pièce m'impose d'aller vers telle ou telle autre.

 

JR. : Généralement, jouez-vous sur les apparences, parce que je vois ce qui me semble deux véhicules, mais l'un d'eux a une tête et une queue, alors comment les définissez-vous ?

G. : Je travaille par séquences : pendant des mois, je ne vais faire que des animaux, ou que des véhicules. Une année, j'ai travaillé uniquement sur le cirque, en hommage à Calder. J'avais fait un grand cirque, le Cirque Berlingot, que j'avais mis à Comparaisons, avec de nombreux personnages. J'en ai apporté quelques éléments, des personnages sur des patins, des trapézistes, etc. Et cette fois, j'ai travaillé principalement des insectes, pour qu'il y ait une harmonie dans la présentation. Je suis donc partie sur les hexapodes…

 

JR. : Quand vous commencez à travailler un insecte, avez-vous à l'avance une idée de l'insecte que vous voulez faire, ou est-ce forcément un insecte imaginaire ?

G. : Il est toujours imaginaire, mais il respecte les règles de l'insecte : une tête, un thorax, un abdomen… Parfois des ailes. Le reste est de la fantaisie pure. Donc, je ne fais jamais une mouche, une fourmi…

 

JR. : Vous êtes donc une entomologiste de fantaisie.

G. : Voilà. J'ai rencontré un monsieur spécialisé dans les insectes, et qui a une revue les concernant. Il m'a confié une page sur les insectes fantaisie, dans sa revue scientifique ! Il y a toujours aussi de l'humour dans mes insectes, car je veux quitter le monde réel.

 

JR. : Il me semble que votre travail doit beaucoup plaire aux enfants ?

G. : Oui. Ils s'agglutinent autour de moi, parce que ce que je fais est à la limite entre le joujou, la fantaisie et l'art.

 

JR. : En même temps, du fait que ces objets sont exposés, ont-ils le même sentiment que face à leurs jouets habituels : " C'est à moi, je peux en faire ce que je veux ! " Ou ont-ils un petit côté respectueux ?

G. : Ils le regardent comme une œuvre, tout en ayant envie de jouer avec. Car il y a toujours un " côté contact " : le faire voler si c'est un insecte, rouler si c'est un véhicule… Mais instinctivement, il y a le respect de l'œuvre. Ils savent que ce n'est pas tout à fait un joujou.

 

JR. : Il y a longtemps que vous faites ce genre de création ?

G. : Je suis dans un monde artistique depuis toujours, mais je développe l'Art singulier depuis cinq ans. C'est une évolution, parce qu'à l'origine, je fais des bronzes, je suis sculpteur-mouleur avec des techniques plus classiques, avec du bronze ou des résines polyesthers. J'ai d'autres factures, mais qui m'ont amenée à la fantaisie, l'humour, et la liberté. Comme Picasso.

 

JR. : Et comment passe-t-on d'une œuvre cubiste, à tout le moins géométrique, très rigoureuse, à cette production animalière ?

G. : En tout petit, petit, il faut suivre Picasso. Il est passé par le cubisme, il a découvert la rigueur de l'image, de la proportion, de la circulation des images, les creux et les bosses… Cela est évident quand on voit sa première chèvre d'assemblages. J'ai fait un peu, en tout petit, le même trajet. Comme on passe de l'un à l'autre, on acquiert la liberté de faire ce que l'on veut, après avoir reçu une formation très rigoureuse.

 

JR. : Y a-t-il une question que vous auriez aimé que je vous pose, et que je n'ai pas posée ?

G. : C'est une vilaine question ! Je réfléchis ! Simplement, je veux dire que je cherche toujours à surprendre. L'art sert à " aller ailleurs ", et pas simplement à raconter la réalité. Ou alors le dire à travers quelqu'un. Pour moi, l'art a un but de communication. On va vers les gens, avec l'humour, ou le sérieux, ou l'esthétique, ou… Chacun développe ses propres moyens selon son tempérament. Mais le but est toujours de communiquer. Un moyen non verbal de communiquer, qui est, pour moi, très, très riche. Non pas un moyen d'expression décorative, mais celui d'entrer en lecture avec une personne.

 

JR. : Finalement, j'avais une autre question à vous poser : quand vous récupérez des objets, sont-ils contemporains, ou aimez-vous trouver dessus la marque du passage du temps ?

G. : Il y a de tout (des outils de cordonniers, etc.), essentiellement du passé. Et surtout pas du plastique, quel que soit l'âge des objets ! Un objet a une forme, une histoire, mais le plastique n'a jamais d'histoire. Et puis, je n'aplatis pas les objets que je trouve, je ne les découpe pas… Ils sont toujours respectés dans l'état où je les trouve, formes, dimensions, couleurs… . Je conserve leur aspect plastique, et je leur donne une nouvelle vie. Parfois, pourtant, j'utilise la " matière plastique ", parce qu'elle est elle-même moulée, et… je ne sais pas trop ?...

 

JR. : Vous n'y trouvez pas la trace du travail de quelqu'un d'autre ?

G. : Voilà. Parce que, pour moi, il n'y a pas l'Homme dans l'industrie. Je sais que c'est utile, que c'est nécessaire, mais dans la vie courante. Vous trouverez donc nombre d'objets de la vie courante, mais jamais des objets moulés, plastiques colorés, etc.

Entretien réalisé à Banne, dans la Maison de la Cheminée, le 19 juillet 2006.

 

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