FELIX FAURE.

(1841-1899)

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" Il voulut être César, Mais il ne fut que Pompée"

(Une épitaphe de Georges Clémenceau pour Félix Faure).

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Casimir Périer démissionne le 15 janvier 1895. La Chambre et le Sénat élisent, au deuxième tour, Félix Faure.

 

Né à Paris, le nouveau Président est de très modeste extraction : Il fait ses études chez les Frères des Ecoles Chrétiennes de Paris, puis au collège de Beauvais, enfin dans une école professionnelle d'!vry-sur-Seine. Il entre en 1863, dans une maison de commerce du cuir du Havre, mais très vite fonde sa propre maison. D'esprit ouvert, il crée au Havre, le premier Consulat de Grèce, part pour un voyage d'études au cours duquel il recueille les éléments d'un rapport sur "le commerce français dans le Levant et ses développements possibles", destiné au Ministère de l'Agriculture et du Commerce.

Entreprenant, plein d'initiative, il est en 1871, adjoint au Maire du Havre. Venu en mai avec les pompiers pour combattre les incendies de la Commune, il est décoré de la Légion d'Honneur ; mais il est révoqué en 1874 par le duc de Broglie. Candidat aux élections législatives de 1876, il n'entre finalement au Parlement qu'en 1881, comme député du Havre.

Le 14 novembre 1881, Gambetta le nomme Sous-Secrétaire d'Etat à la Marine et aux Colonies. Le 31 mai 1884, Charles Dupuy le fait Ministre de la Marine.

Puis, du 17 janvier 1885 au 16 février 1899, il assume la responsabilité de Chef de l'Etat.

Sous sa présidence, ont lieu l'expédition de Madagascar et l'incorporation de l'île à l'empire colonial français ; l'incident de Fachoda (1898) qui amène la France et l'Angleterre au bord de la guerre ; la réouverture de l'affaire de Panama ; l'alliance franco-russe, suite à la visite du Tsar Nicolas II à Paris et de Félix Faure à Kronstadt (1897) : il effectue ainsi le premier voyage à l'étranger d'un Président de la République.

Sur le plan intérieur, sont présentés les premiers projets d'impôts sur le revenu. Le Président assiste, le 5 octobre 1895, aux obsèques nationales de Pasteur. Elu le jour-même où Dreyfus** s'embarque pour l'Ile-du-Diable, c'est à lui que s'adresse "J'accuse...", la célèbre lettre de Zola, que publie l'Aurore. Néanmoins, Félix Faure se prononce, pendant toute la durée de son mandat, contre la réouverture du procès.

Sur le plan personnel, intelligent, toujours de bonne humeur, il a un estomac de fer, et une mémoire extraordinaire des noms et des visages, ce qui le rend très populaire. Grand et bel homme, il se pique de "ne pas connaître la cruelle"* ; et c'est l'une de ses conquêtes, Marguerite Steinheil, qui entache de scandale la mort brutale, le 16 février 1899, du Président emporté en quelques heures par une hémorragie cérébrale foudroyante.

Les funérailles nationales qui sont organisées, sont marquées par de violentes manifestations politiques, au cours desquelles Paul Déroulède tente vainement d'entraîner vers l'Elysée, les troupes du Général Roget.

Félix Faure repose au Père Lachaise, sous un gisant du sculpteur Saint-Marceaux.

Jeanine Rivais.

 

* L'homme portait beau et collectionnait les succès féminins : sa dernière liaison lui fut fatale. Le 16 février 1899, le président de la République succomba dans les bras de sa maîtresse à une supposée crise cardiaque. On crut alors qu'il s'agissait de Cécile Sorel, et on ne sut que dix ans plus tard qu'il s'agissait en fait d'une demi-mondaine dénommée Marguerite Steinheil, épouse d'un peintre renommé (elle fut accusée quelques années plus tard d'avoir assassiné son mari, mais fut acquittée).

Elle a laissé un petit volume de mémoires où elle se dépeint comme une conseillère occulte du président, se donnant un rôle quasi diplomatique(sic), argumentant ainsi de sa présence à l'Elysée. Des histoires et des réflexions coururent très vite concernant ce décès, la plus virulente étant celle de Georges Clémenceau : " Il voulait être César, il ne fut que Pompée....". Ce dernier précisa en outre : "Félix Faure est retourné au néant, il a dû se sentir chez lui".

** Félix Faure se veut neutre dans l'affaire Dreyfus tout en refusant la mise en cause de la condamnation de 1894. Il refuse les confidences du président Scheurer-Kestner, affirmant que " Félix Faure ne peut entendre que ce que le président de la République peut entendre (...) : ma neutralité est la neutralité de la loi ".

Après l'acquittement d'Esterhazy et à la veille de la condamnation de Zola intitulée " J'accuse… " et parue dans l'Aurore, il consigne dans ses carnets, le 22 février 1898 : " Pour juger cette affaire, il faut avoir sous les yeux le dossier, interroger l'accusé, entendre ses réponses, entendre les témoins, le défenseur et l'accusateur. Tous ceux qui prétendent juger autrement font une œuvre mauvaise et bête, criminelle même lorsqu'elle peut avoir des conséquences graves à l'intérieur et à l'extérieur. Les juges ont jugé avec ces éléments. Personne n'a le droit sans preuves évidentes de douter de leur jugement ".

La découverte du faux Henry trouble l'échiquier politique et Félix Faure nomme successivement, en septembre 1898, quatre ministres de la Guerre. C'est l'époque où il écrit : " Je ne puis rien sur les opinions qu'on peut me prêter (...) mais il faut démentir tous faits quelconques qu'on m'attribuerait. Tant que le gouvernement reste dans la loi, je ne puis ni ne veux intervenir ". En janvier 1899, il signe le projet de loi qui va dessaisir la chambre criminelle de la Cour de cassation qui passe pour favorable à la révision. Le 16 février suivant, pendant qu'il reçoit Marguerite Steinheil née Japy, il succombe à une hémorragie cérébrale. Le tenant pour hostile à la révision, La Libre Parole écrit : " une odeur de meurtre s'exhale de ce cercueil ". Dreyfusard, le directeur de L'Aurore déclare pour sa part : " en entrant dans le néant, il a dû se sentir chez lui ". Il est inhumé au cimetière parisien du Père Lachaise, le 23 février ; tandis que Paul Déroulède, devenu célèbre après 1872 pour ses Chants du soldat, fondateur en 1882 de la Ligue des Patriotes, élu député en 1889, partisan de Boulanger puis dénonciateur des parlementaires chéquards de Panama, tente un coup de main vers l'Élysée, mais échoue dans son coup d'état. Acquitté par les jurés de la cour d'assises, il est condamné à 10 ans de bannissement par la Haute Cour et revient d'Espagne après l'amnistie de 1905.

Le tombeau de Felix Faure, sur lequel il est représenté en gisant enveloppé dans les plis du drapeau, est du sculpteur Saint-Marceaux.

un autre personnage célèbre