FASO, peintre

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Faso, je voudrais que vous définissiez votre travail.

Faso : Très brièvement, je travaille de façon très expressionniste. Je m'évertue à travailler sur les gens. A montrer, par rapport à ma démarche, la société telle que je la vois aujourd'hui. J'habite à Paris, j'ai donc beaucoup d'inspiration par rapport à cette ville. L'idée est d'exprimer tout ce que je vois, et de traduire les difficultés sociales des gens défavorisés, des SDF, de ceux qui sont dans la rue… J'essaie de montrer l'urgence qu'il y a pour ces gens qui sont sur le fil du rasoir. Je parle de vie, de vitalité et de rugissements de l'être humain. Donc toujours de l'accès à la vie, et à une vitalité.

 

JR. : Il me semble que l'on pourrait parler, à propos de vos oeuvres, de danse de mort ? Que la mort est récurrente dans votre travail, même quand les personnages ont un semblant de vie. Et qu'on les voit à tous les stades de la vie, comme si, même encore vivants, ils arrivaient à leur mort ?

F. : Disons qu'il y a une échéance forcée. J'ai beaucoup de mal à parler de la mort, parce que, quand je travaille, je pose sur la toile beaucoup de colère et d'amour à la fois. Ce sont des gens que j'ai vus, que j'ai rencontrés, et que je peins d'une manière totalement revisitée. Par exemple, sur l'un de mes tableaux, je traite d'une mendiante, que j'ai vue dans les rues de Paris et qui avait la lèpre. Je n'ai donc pas eu à forcer les traits, j'ai récupéré à ma manière son visage. Souvent je vois au long des rues, des gens qui sont plus horribles, plus monstrueux que sur les dessins, et par conséquent ma peinture me paraît belle, mais elle propose beaucoup de colère, beaucoup de sentiment. J'essaie de faire avancer un peu les choses. Nous vivons aujourd'hui dans une société assez passive, assez neutre, j'essaie donc de montrer une urgence où forcément la vie et la mort s'entrecroisent. Et le sexe que je raccroche à la vie. Je ne suis donc jamais à la fin des choses. Il y a toujours autre chose. Le point final n'est jamais noir.

 

JR. : Celle de vos œuvres qui m'a le plus impressionnée, est celle que j'avais intitulée " La Cène ". Au sens religieux, bien sûr.

F. : En fait, elle est intitulée " Le maître du jeu ", qui est une espèce de gouverneur, d'inquisiteur qui domine les autres. Il est vrai qu'on peut y retrouver une idée voisine de la vôtre.

 

JR. : En fait, le tableau se sépare en deux parties horizontales, l'une proposant des pontifes lourds, massifs, de toute évidence des gens importants. On voit sous la table, le sexe du personnage central. Et toute une série de petits personnages qui tournent comme autour d'un manège. En fait, comme si c'étaient des gens dépendants de ce personnage.

F. : Comme s'ils étaient des marionnettes, d'où le titre que j'ai choisi. Il s'agit de montrer que l'on est toujours le sbire de quelqu'un.

Il y a tout de même toujours un côté religieux dans mon travail. Plutôt sacré. Qui arrive de façon tout à fait inconsciente dans mon travail. Il est vrai que l'on peut penser à un Christ.

 

JR. : Oui, mais c'est alors paradoxal, car ce personnage a son sexe bien visible, mais je ne trouve aucune sexualité dans l'oeuvre. Il me semble que ce sexe conforte en cachette les témoignages de pouvoir qu'a cet individu, par sa position. A la limite, on dirait que tous ces gens qui sont suspendus autour du manège, ont en fait été expulsés par son sexe.

F. : On peut l'envisager ainsi. Quand je travaille, il y a une foule de choses qui me viennent à l'esprit, des idées que je veux traduire. Puis elles disparaissent et je ne cherche pas à les contrôler. Ce sont des choses qui m'ont choqué, et que je matérialise à ma manière. L'autre tableau représente un étranger qui arrive dans un pays. Il a faim, il est malheureux. Il faut pourtant qu'il continue à vivre. Il est bien mis en valeur. De sorte que l'on ignore si c'est lui qui est sur une terre nouvelle ; ou si ce sont les autres. Son gros ventre ouvert est en fait sa faim. Mes personnages ont souvent des ventres affamés. Ils ont le ventre nu face à leur solitude. Je travaille aussi beaucoup sur des visages, des portraits, et je mets en valeur le regard et les dents.

Les gens retraduisent ce qu'ils voient par rapport à leur malaise, à leur mal-être, et quand je leur donne l'idée de base, elle est toujours très différente de ce qu'ils avaient pensé.

 

JR. : Ma deuxième question est : Comment pensez-vous vous rattacher à l'Art insolite ?

F. : Je ne m'y sens pas du tout rattaché. En fait, je suis néo-expressionniste, et pourtant, c'est la seconde fois que je participe à un salon d'art marginal, d'Art singulier. A une époque, j'étais assez proche de cet esprit, mais aujourd'hui je m'en éloigne de plus en plus. Je me sens maintenant totalement éloigné de cet esprit-là. Très différent.

Entretien réalisé le 17 juin 2007 à Nottonville.

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