ELISABETH LIOTTA, dite ELISA-PAULE, peintre

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Elisa-Paule, vous avez fait de vos deux prénoms, un pseudonyme d'artiste ?

Elisa-Paule : Oui, en effet, car je m'appelle Elisabeth Liotta.

 

JR. : Pensez-vous être à Banne comme artiste Singulière ? Ou comme artiste contemporaine ?

E-P. : Pas contemporaine. Je dirai Singulière, car j'ai lu un texte définissant l'Art populaire et naïf, et je me sens tout à fait concernée par ces deux branches.

 

JR. : Il me semble que la facture de votre travail, sans aborder des thèmes religieux, ressemble beaucoup à des icônes ?

E-P. : On me l'a déjà dit. Mais non ! Je n'essaie pas de faire des icônes. Je suis totalement agnostique.

 

JR. : Rassurez-vous ! J'ai bien précisé " sans aborder des thèmes religieux " ! C'est la facture qui m'a suggéré cette impression : l'abondance de petits détails, le travail très précis sur les éléments décoratifs…

E-P. : Oui. Et le fait que j'aime beaucoup ajouter de l'or sur mes tableaux. Un peu mystique, en effet.

 

JR. : Et vous, comment définissez-vous votre travail ?

E-P. : Cela dépend des jours ; cela dépend si tout va bien ou non ! Je commence par un dessin. Puis je colle des petits papiers sur le dessin. Souvent, le dessin change en cours de route. Je suis portée par mon crayon et ma peinture.

 

JR. : Votre travail me semble toujours basé sur des couleurs de terre ?

E-P. : Oui. Avant, c'étaient des sables, et c'était un peu abstrait. Mais il y avait aussi des ocres jaunes. Je faisais beaucoup de travail en relief avec des outils de potiers, avec des écritures dedans.

 

JR. : Quand vous dites " des écritures dedans ", ce n'est pas tout à fait exact, parce qu'en fait les écritures sont " autour " du tableau. Le but de l'écriture est-il de fermer, d'enfermer le dessin, ou de faire redondance avec lui ?

E-P. : Ce n'est ni l'un ni l'autre, parce que j'adore la poésie. Je possède de très nombreux livres de poésie. Quand j'ai fini mon dessin, je lis des livres jusqu'à ce que j'aie trouvé une citation qui lui corresponde. Mais ce n'est pas pour entourer, c'est pour souligner, pour dire encore et encore des mots que je n'arrive pas à exprimer. La peinture est mon expression, et la parole m'est difficile.

 

JR. : La peinture est votre expression. Mais même si ce n'est pas " votre " parole, c'est tout de même une parole qui " entoure " votre peinture.

E-P. : J'aurais dû dire " la parole est mon intérieur ".

 

JR. : D'autant que vous ne choisissez pas n'importe quelle expression littéraire, puisque vous choisissez de la poésie. Une expression choisie, travaillée, qui corrobore le côté sophistiqué de votre peinture.

E-P. : Tout à fait. Oui, c'est cela. Il est vrai que je suis une écorchée vive, et que je choisis souvent une phrase ou un mot dans un poème ou une chanson. J'aime Barbara, Andrée Chedid, Brigitte Fontaine qui est ma principale source d'inspiration, etc. Je joue aussi sur les symboles, sur les animaux mythologiques…

 

JR. : Sur plusieurs de vos œuvres, vous représentez le manche d'un instrument de musique qui s'épanouit en arbre. Chacun de vos tableaux propose une petite scène qui serait l'illustration d'un conte : Barbe Bleue, Cendrillon, etc. ?

E-P. : Oui. Tout à fait.

 

JR. : En même temps, ce qui est surprenant, c'est la façon dont vous stylisez les éléments de votre tableau : L'oiseau, la princesse à la fenêtre, avec une coiffe qui " devient " la fenêtre. Pourquoi procédez-vous ainsi, parce que vous auriez pu laisser un espace entre la coiffe et la fenêtre… ?

E-P. : Non. Il faut que j'entoure tout le temps !

 

JR. : Cette façon de procéder donne l'impression que chaque tableau a un double cadre : le cadre écrit, puis le cadre qui enferme le tout.

E-P. : Oui, c'est bien ainsi. Vous avez bien ressenti ma peinture.

 

JR. : J'en suis heureuse. Y a-t-il cependant quelque chose dont vous aimeriez parler et que je n'ai pas vu ?

E-P. : Il y a aussi des écritures de moi, pas seulement des gens que j'aime. Quand cela se produit, les mots sortent et je les écris tout de suite. C'est comme une sorte d'écriture automatique écrite à la craie grasse sur le tableau.

 

JR. : En fait, vous avez une écriture penchée, mais saccadée. Si je prends par exemple le mot " chanter " : le " c " est presque du script. Ensuite, vous élaborez ; certaines lettres deviennent de l'imprimerie ; puis vous passez à la cursive… En procédant ainsi, vous créez une espèce de déséquilibre dans la citation. Ce qui fait que le visiteur doit revenir dessus, reprendre telle syllabe, et repartir jusqu'au bout du mot ! D'autant que parfois un élément du tableau s'intercale entre deux lettres…

E-P. : Je procède toujours ainsi, même dans mon écriture courante. Pour moi, chaque lettre est chargée de graphismes, mais je ne saurai pas expliquer pourquoi. On m'a même demandé pour un livre, d'écrire à ma manière, parce que l'éditeur trouvait que le graphisme était beau. J'ai donc écrit le texte du conte pour enfants.

 

JR. : En fait, votre écriture est chaotique (j'allais dire cahotante !).

E-P. : Oui .J'ajouterai qu'en ce moment, je suis dans les couleurs orange. Mais que, peut-être, l'année prochaine, les couleurs auront changé ? Je n'en sais rien !

 

JR. : Nous aurions pu ajouter aussi que vos tableaux sont très lumineux, et que, sur le gris des pierres, ils ressortent vraiment bien.

E-P. : Oui. Cela me plaît ainsi. Tout de même, j'aimerais dire encore que le fait que mes tableaux sont entourés de textes de chanteurs et poètes tient peut-être au fait que j'ai vécu avec mon père musicien et relieur. J'ai donc très tôt baigné dans l'art. La reliure, l'or, ce sont tous les reliquats de mon enfance.

Entretien réalisé à Banne le 2 mai 2008.

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