DURDICA LAVAULT, dite DURDICA, peintre sur objets.

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : " Durdica ", voilà un prénom bien étrange !

Durdica : Il signifie " muguet " en croate.

 

JR. : Quel programme, en ce premier mai !!

Etes-vous venue à Banne comme artiste " Singulière " ? Ou comme artiste contemporaine ?

D. : Singulière. Je me sens très bien ici, comme artiste singulière. Parce que l'art contemporain ne correspond pas à mes conceptions, avec cette tendance minimaliste qui consiste à mettre de moins en moins de choses sur un tableau. Pour moi, présenter un tableau blanc avec quelques gribouillis n'est pas du travail ! J'aime infiniment ce groupe, ici, dont le travail a été chaque fois longuement élaboré. On voit bien que ce n'est pas du bluff !

 

JR. : Vous habitez depuis longtemps en France ?

D. : Oui, depuis plus de quarante ans !

 

JR. : Et pourtant, en découvrant votre travail, j'ai tout de suite pensé " Art populaire " de l'Est.

D. : Non, plus maintenant. Au début, en effet, je travaillais dans le style de l'Art populaire slave. Mais cela m'a lassée. Je voulais aller de l'avant. En art, il faut toujours progresser ! Tout cela est derrière moi.

Je suis venue trois fois visiter le Festival de Banne, avant de poser ma candidature. C'est mon mari qui m'a poussée et j'ai été acceptée. Mais je n'étais pas sûre d'avoir raison. Et finalement, maintenant, au milieu de tous ces artistes, je me sens vraiment à ma place ! A ma place ! Et je ne me vois pas dans une galerie où on expose quelques gribouillis. Je dis bien " quelques gribouillis " et quelques papiers collés, et on dit que c'est de l'Art contemporain ! J'aime que mon travail se voie sur mes œuvres. D'autant que je travaille avec de la laque qui est la technique la plus difficile, la plus contraignante. Très longue, en plus, parce qu'il faut attendre vingt-quatre heures entre chaque couche. Mais le résultat final est très solide, très résistant. Par exemple, le coffre à jouets de mon fils qui a quarante ans, est aussi net qu'au premier jour. Ce n'est pas comme peindre avec de la peinture acrylique que l'on vernit ensuite, ce qui est de la triche ! Mes œuvres brillent dès le lendemain. C'est de haute qualité.

 

JR. : Vous êtes donc à la fois peintre et sculpteur ?

D. : Non ! Je me considère comme " peintre sur objets ". Sur n'importe quel objet !

 

JR. : En somme, vous vivez en technicolor ?

D. : Voilà ! Je vois un coffret, une vache, n'importe quel objet, je me dis tout de suite qu'il faut que je le décore. Je ne suis pas sculpteur. Je pose de la peinture sur une surface. Par exemple, l'autre jour, j'ai acheté une petite sculpture en terre cuite. Et je me suis dit tout de suite qu'elle n'était pas décorée. Je l'ai donc peinte. Mais je ne ferai jamais moi-même le support. Tous les œufs que je vois, je les décore…

 

JR. : Votre monde est chaque fois une foule de personnages, mais qui ne sont jamais présentés en entier ?

D. : Oui, des foules, en effet. Des formes, des visages, des objets, des formes encore. Jamais la volonté de peindre ressemblant.

 

JR. : Il me semble que votre peinture sur toile est légèrement différente de ce que vous appelez votre " peinture sur objets ". Dans la peinture sur objets, je retrouve les éléments obsessionnels de l'Art bruts ; pointillés, lignes infimes… Alors que vos toiles proposent une foule de personnages !

D. : Je suis désolée de vous contredire !

 

JR. : Mais nous sommes là pour cela !

D. : Mes toiles sont exactement semblables à mes objets. Sauf que les sujets sont à plat. Alors qu'il fait tourner autour de l'œuf pour couvrir la totalité. Finalement, les toiles offrent moins de possibilités, puisque tout est à plat. Alors qu'il me faut tourner tout autour de l'œuf, pour le couvrir entièrement.

 

JR. : Quand je vois, par exemple, sur un tableau, des mains qui se tendent, sont-elles caressantes, menaçantes… ? Rien ne me permet d'être définitive sur leur définition.

D. : Chacun sait bien que sur un tableau, on peut lire absolument ce que l'on veut. Sur mes tableaux, apparaissent des visages de profil ou de face, des mains… Dans quelle position ? C'est juste qu'à cet endroit-là, j'avais besoin de mettre une main comme élément de décoration. Donc, ni menace, ni apaisement. Si j'enlève cette main, elle me manque, non pas comme apaisement, mais comme partie du décor.

 

JR. : Il ne faut donc voir aucune psychologie dans vos œuvres, seulement de la décoration ?

D. : Tout à fait. Lorsque j'ai besoin d'un élément, c'est un élément forme et couleur, uniquement parce que j'en ai besoin. Pour un prolongement de couleur, ou au contraire un contraste, pour créer un équilibre. Mon inspiration se déroule uniquement sur un même thème qui est présent depuis le départ. Alors que sur les tableaux, il me faut deux mois de corrections, reprises, corrections…Si l'on pouvait gratter les surfaces, il apparaîtrait un grand ombre de couches, parce que je ne suis jamais contente, tous les matins, quelque chose manque et je recommence ! Jusqu'à ce que je " sente " que tout est là. Alors que je ne retouche jamais un objet !

 

JR. : Tout de même, et sans m'obstiner vainement, il me semble bien que nous sommes proches du travail d'Art populaire slave.

D. : Oui, mais sans les éléments folkloriques : le mariage, le marié et la mariée… des costumes avec tous les détails… Je m'amuse beaucoup quand quelqu'un y voit une origine polonaise ou yougoslave…

 

JR. : Ce n'est pas cela qui m'y a fait penser, c'est la densité des personnages.

D. : Oui. Mais un seul objet, un seul personnage ne prouverait pas l'importance de mon travail. Ce que j'aime, c'est que les gens découvrent sans cesse un élément nouveau, encore et encore ! Qu'ils sentent l'intensité de mon travail !

Entretien réalisé à Banne le 1er mai 2008.

un autre artiste

  

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TECHNIQUE DE LA LAQUE DE DURDICA *.

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La peinture utilisant la technique de la laque, nécessite un support parfaitement lisse et une préparation minutieuse de la surface ou de l'objet à peindre. Après l'avoir enduit (avec un enduit gras extrêmement fin), il faut procéder au ponçage entre chaque couche de peinture successive. La surface ainsi préparée, la laque donnera un rendu parfait, résistant très bien aux chocs et à l'humidité.

L'application de la laque est difficile. En plus, elle dégage une forte odeur désagréable et son temps de séchage est très long : il faut attendre 24 heures entre deux couches de laque, pour éviter que la première ne gaufre au contact de la suivante. De même, si les différentes teintes se juxtaposent, des risques de fondus non désirés pourraient survenir. En raison de cette crainte majeure, seules de petites " surfaces " peuvent être peintes au cours d'une même journée. Ainsi, un mois entier est-il nécessaire à la réalisation complète d'un œuf ou d'un objet.

De par la brillance inhérente aux laques utilisées, il est inutile de vernir l'objet terminé.

* La laque glycérophtalique nécessite comme diluant, le White Spirit.