MADALINA DINA, peintre

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Madalina Dina, pensez-vous que vous êtes à Banne au titre d'artiste " Singulière " ? Ou d'artiste contemporaine ?

Adalina Dina : Plutôt contemporaine ; parce que mon travail est un mélange de naïf et de contemporain, et que je ne me sens pas tout à fait Singulière. Je pense que j'ai été acceptée pour la gaieté de mes images, la vivacité des couleurs, et pour leur aspect naïf comme je l'ai déjà dit.

 

JR. : Et vous ne vous sentez pas du tout dans l'esprit d'un artiste Singulier ? Etes-vous autodidacte ? Ou avez-vous étudié aux Beaux-Arts ?

MD. : Je ne me sens pas dans l'esprit Singulier au sens de la marginalité. J'ai étudié aux Beaux-Arts.

 

JR. : Quand je regarde vos peintures, j'hésite entre le monde des cartes à jouer, et celui du conte.

MD. : Oui. J'ai encore un pied dans l'enfance. Mon univers est un peu ludique, un peu poétique. Mon imaginaire va vers des mises en scène de mes personnages. J'ai même des cartes à jouer…

 

JR. : Oui, c'est à cela que j'ai pensé de prime abord. Et puis j'ai pensé au côté obsessionnel qui vous pousse à refaire très souvent le même personnage : une femme un peu stylisée. Et au fait que vos personnages sont toujours entourés d'un certain décorum : riches, richement vêtus, des rois, peut-être ?

MD. : Oui, des rois, des reines, avec beaucoup de détails vestimentaires. J'aime beaucoup les vêtements traditionnels.

 

JR. : Vous êtes roumaine. Habitez-vous depuis longtemps en France ?

MD. : Depuis trois ans.

 

JR. : Diriez-vous que ce goût de la couleur, du fantasme coloré vient de vos racines ?

MD. : Oui. Assurément. Certains motifs floraux traditionnels se retrouvent dans mes œuvres, une série de gitans que j'ai peints avec des vêtements très colorés, beaucoup de fleurs… Tout cela revient très souvent dans mes tableaux.

 

JR. : On peut donc dire que vous n'êtes pas encore très loin de l'Art populaire slave ?

MD. : Voilà. Mais c'est un mélange de plusieurs coutumes.

 

JR. : Il y a donc cette série de personnages en gros plan, qui m'avait fait penser à des cartes à jouer. Et puis une série que vous intitulez " Le cirque ", où les personnages sont petits. Petits, et en équilibre : ils sont donc en train de donner une représentation ?

MD. : Oui. Ou de marcher sur la terre, dans l'univers, dans l'espace ?

 

JR. : Ceux-là, qui sont en mouvement, sont donc complètement différents de ceux de tout à l'heure, que nous avons appelés des rois, et qui sont complètement statiques ?

MD. : Oui. Les personnages statiques sont proches des icônes byzantines que je peins souvent aussi. Je n'ai pas étudié l'art de l'icône, mais la proximité est évidente.

 

JR. : Vous avez dit que votre travail est un mélange de fantasmagorie et de réalité. Qu'est-ce qui peut être un compte-rendu ou une critique de la réalité actuelle ?

MD. : J'ai un tableau que j'ai intitulé " La tête dans les nuages ". C'est une situation qui arrive à tout le monde. J'ai exprimé une situation en faisant un personnage avec la tête dans les nuages, mais cela peut arriver à tout le monde.

 

JR. : Je n'avais pas compris ce sens-là, quand vous avez parlé de réalité. J'avais cru que vous parliez de la politique actuelle, etc. Et je ne le trouvais pas dans votre travail. En fait, j'ai mal interprété ce que vous avez dit.

MD. : Ce sont des narrations figuratives qui illustrent des situations réelles.

 

JR. : J'en reviens à l'idée que tous ces motifs floraux, et ces idées exprimées, vous rapprochent du folklore ?

MD. : Oui, un peu. Mais surtout, je suis très joyeuse, la gaieté est ma façon de vivre.

 

JR. : Vous voulez dire que vous exprimez votre grande joie de vivre par les couleurs que vous posez sur la toile ?

MD. : Oui. Je me retrouve dans mes tableaux. Je pense que c'est valable pour tous les artistes, mais je le ressens profondément.

 

JR. : On peut donc dire que sur ce mur, vous avez placé autant d'autoportraits ?

MD. : Voilà !

 

JR. : Mais aucune de vos reines n'est enceinte !

MD. : Si, il y en a une ! Dans un coin !

 

JR. : Aimeriez-vous que nous abordions un autre sujet que nous n'avons pas évoqué concernant vos œuvres ?

MD. : Non. Ce que nous avons dit me convient tout à fait.

Entretien réalisé à Banne le 30 avril 2008.

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