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Comment Maryvonne Digot, baignée de poésie depuis sa plus petite enfance, ne serait-elle pas elle-même devenue créatrice ? Poète, bien sûr, mais aussi peintre.
Peintre, ses uvres sont un mélange composite
d'abstractions aux enchevêtrements évolutifs et
perspectives disloquées proches d'Elena Vieira Da Silva ;
conduisant à des géométries fictionnelles de
châteaux à peine ébauchés, structures "
métalliques
" de toits fantasmatiques, murs que leurs respirations semblent
projeter vers le vide ; transversales lourdement tressées sur
d'élégantes ondulations verticales,
quadrilatères anarchiques mêlés en de douces
harmonies. Car elle est une coloriste de la douceur, des belles
couleurs automnales où les mordorés font vibrer les
bruns, les bleus ténus ou les rouges
détrempés.
Poète, les uvres de Maryvonne Digot possèdent semblable sensualité ; semblable foisonnement à la fois étincelant et discret, voire secret : celui où " le paysage figé brûle ses papillons de verre à la solitude des corps ". Amoureuse et observatrice de la campagne à toutes les heures, elle offre, dans son dernier recueil intitulé Sous l'écorce le feu, (qui a obtenu le Prix Louis Guillaume 2003 du Poème en prose), une évocation un peu passéiste du temps où l'on prenait le temps de vivre, de communier avec une nature prête à se laisser deviner. Elle a l'art de ciseler les mots qui disent les luisantes nuits d'hiver, la feuille que l'on caresse, l'aube ou le crépuscule, " les villages couchés le long d'un fleuve triste ", les cris et les chuchotements l'enfance heureuse " à l'ombre mauve d'un jardin (qui) buvait le parfum du jasmin devant les fenêtres des chambres ".
Un grand chant de nostalgies implicites et d'espoirs infinis ; de douleurs sourdes et de bonheurs intimement goûtés ; de phrases mues par " un amour intègre, discret, toujours présent en filigrane ".
Jeanine Rivais.
Maryvonne DIGOT : SOUS L4ECORCE LE FEU. Babel éditeur, La Métairie basse, En Froment, 81200 MAZAMET .