MILO DIAS, sculpteur

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Milo Dias, plusieurs années se sont écoulées depuis que j'ai parlé devant vous d'Art singulier, et que vous avez manifesté le désir d'entrer dans cette mouvance ! Qu'est-ce qui vous a intéressé dans cette idée ? Et comment y êtes-vous venu ?

Milo Dias : J'ai démarré par la terre, en faisant des têtes. Ce qui m'intéressait, c'était la physionomie que l'on pouvait arriver à déterminer à partir de ces terres. Et puis, au bout de quelques années, j'ai désiré me sortir de ces têtes, j'ai donc ajouté des bras, des corps, des jambes. Toujours en mettant le maximum de définitions sur les visages. A l'étape suivante, j'ai mis ces personnages dans un contexte avec des éléments de récupération…

 

JR. : J'en ai vu plusieurs, dont une surtout où la machine a beaucoup plus d'importance que le personnage.

MD. : J'ai réussi à rendre toute la richesse de la récupération.

 

JR. : Pour d'autres, vous jouez sur l'équivoque. L'une de vos œuvres placées devant nous propose un personnage avec ce qui est supposé être un enfant, mais qui ressemble surtout à un kangourou ! Pourquoi un kangourou ? Et pourquoi réunir sur un pied de parfaite égalité -puisqu'ils sont de la même taille- un homme et une femelle kangourou ?

MD. : A cause du côté un peu trivial de l'œuvre.

 

JR. : Il me semble qu'il y a deux parties dans votre travail : une partie très classique, que vous venez de décrire, et une partie plus fantasmatique : des hommes dans des situations pas très humaines…

MD. : En fait, ces sculptures ont été reprises et livrées au raku. Elles remontent à une dizaine d'années…

 

JR. : Qu'est-ce que le raku a apporté (à part l'aspect brûlé), par rapport aux pièces d'origine ?

MD. : Cela m'a permis de cacher le classicisme de ces sculptures, et expérimenter ce que donnait le raku sur mes œuvres.

 

JR. : Il me semble que cette série est plus dure que la précédente ? Et que le corps est plus important que la tête, contrairement à ce que vous avez dit tout à l'heure ?

MD. : Elle est sur la souffrance humaine. C'est une série à part. Sur la femme, la sexualité, etc.

 

JR. : Revenons à la série que nous pourrions appeler " d'Art-Récup' ".

MD. : Je les ai appelées " Des hommes et des machines "

 

JR. : Finalement, ce n'est pas ce qu'il est convenu d'appeler " Art-Récup' ", où le personnage est vraiment conçu à partir d'objets de récupération. Ici, vos personnages sont en terre, ET ils ont des attributs qui sont de la récupération.

MD. : Exactement.

 

JR. : Ici une couronne royale, là une simple rame pour son bateau… Les trois éléments de la royauté. En fait, l'ajout est minime…

MD. : Oui. Mais parce que cela est suffisant pour exprimer ce que je voulais dire avec ces pièces. L'étape suivante, faite avec du bois et qui n'est pas sur cette exposition, me semble totalement appartenir à l'Art singulier.

 

JR. : A côté, vous avez par contre un personnage complètement constitué de récupération. Et il me semble un peu perdu dans cet univers mécanique.

MD. : Oui. Mais c'est le but de cette pièce, parce que, dans cette série, il y a une sorte de dénonciation du monde moderne, avec l'importance que l'on donne aux machines, le décalage entre l'humain et les technologies. Il y a une charge contre le monde moderne. Ce n'est pas un hasard s'il s'intitule " l'Internaute ".

 

JR. : Pourquoi cette volonté de laisser la terre extrêmement brute, pas du tout lissée, et peu cuite, apparemment, vu la couleur de la sculpture ?

MD. : En fait, cette série a une histoire particulière : Pendant l'été 1996, j'avais fait une exposition très difficile ! L'artiste qui devait exposer avec moi s'était dédit au dernier moment. Du coup, les soucis ont été si lourds que j'ai fait une crise cardiaque ! C'est alors que je me suis dit : si je veux créer quelque chose, c'est le moment ou jamais ! Avec cette idée à l'esprit, j'ai créé dans une extrême urgence. J'avais une vingtaine de jours devant moi. Et en vingt jours, j'ai créé vingt sculptures. Il y avait en même temps le travail de la ferraille. C'est ce qui explique cet aspect qui est vraiment jeté, très brut !

 

JR. : Finalement, cette façon de laisser la terre ainsi, joue sur l'aspect du personnage. Parce qu'il est ridé, il a l'air vieux. Par rapport aux machines qui sont lisses et brillantes…

MD. : Oui, et alors ?

 

JR. : Et alors, si vous êtes d'accord sur ce contraste que je ressens, je voudrais que vous m'expliquiez pourquoi vous avez décidé de conserver ces différences ?

MD. : C'est le décalage que j'ai voulu entre l'humain et la technique. Je ne saurai pas trop l'expliquer, mais pour moi, cette opposition semble évidente. L'impossibilité de l'homme à s'adapter au monde mécanique…

 

JR. : Y a-t-il quelque chose dont vous auriez aimé parler, et que nous n'avons pas évoqué ?

MD. : Disons que cette série a vraiment été le moment-clé ; le clivage entre ce qui existait avant et ce qui a suivi. C'est à partir de cette série que je me suis rapproché de l'Art singulier. Il y a eu une période où j'ai créé uniquement à partir de récupérations. Un travail plus stylisé. Et puis, j'ai de nouveau glissé vers d'autres recherches !

Entretien réalisé au Prieuré de Champdieu, le 31 mai 2008.

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