IRMA DE WITTE, peintre

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Irma de Witt, vous êtes d'origine hollandaise ?

Irma de Witt : Oui. Mais je suis née en Indonésie. Après la guerre, mes parents sont venus aux Pays-Bas. Et il y a 26 ans que j'habite en France. Nous nous sommes installés définitivement en Ardèche.

 

JR. : Diriez-vous que vous êtes à Banne au titre d'artiste Singulière ? Ou au titre d'artiste contemporaine ?

IdeW. : C'est une question difficile ! Je pense que je suis plutôt Singulière que contemporaine, parce que ce que je fais n'a rien de conventionnel. Mais je ne connais pas bien les modes.

 

JR. : Je vous aurais plutôt placée dans l'Art singulier et plus précisément dans l'Art naïf.

IdeW. : Oui. Cela me convient.

 

JR. : Votre travail est très descriptif. Tout se passe comme si le spectateur était dans un village, et décrivait la scène qu'il voit ?

IdeW. : Je n'ai jamais étudié la peinture ni le dessin. J'avais une amie hollandaise qui venait chez nous, et qui était peintre. Elle est assez connue aujourd'hui. Elle faisait des peintures d'après des photos. Moi, je tournais autour d'elle. Et elle m'encourageait à peindre aussi. Alors, je me suis lancée. J'ai peint des paysages. Et puis un jour, j'ai vu des œuvres de Danielle Jacqui Celle qui peint. Et cela a été le déclic. Je ne me suis plus souciée de perspective, etc. Et maintenant, je ne saurais pas dire comment cela fonctionne. Mais les idées viennent toutes seules. Je commence, et puis j'ai envie de faire ceci ou cela… De temps en temps, j'ajoute un coq…

 

JR. : Oui, et avec ce coq, vous êtes très proche de l'Art populaire.

IdeW. : Je l'ai vu sur une carte postale, et je l'ai trouvé très beau. Et puis, j'ai ajouté tout ce qui se trouve autour.

 

JR. : Je reviens à ce que j'avais commencé d'évoquer au début de notre entretien, à propos du village. J'avais envie de continuer en demandant : c'est une rivière ? Quelqu'un se baigne. Sur le bord de la rivière, une autre personne parle avec un animal. Nous sommes donc dans une scène champêtre. Et soudain, un dinosaure apparaît, qui remet tout en question.

IdeW. : C'est un ami qui m'avait envoyé une revue scientifique, dans laquelle se trouvaient des photos d'embryons et de fossiles de dinosaures. Ils disaient scientifiquement à quoi avaient pu ressembler ces animaux. Je me suis dit que je pouvais ajouter cela, comme dans un utérus, avec l'eau tout autour. J'ai mis plein de parents au-dessus. D'une chose, j'arrive à l'autre…

 

JR. : En fait, à part une partie centrale que l'on pourrait dire " réaliste ", dans chacun de vos tableaux, fidèlement, " vous brodez ". Ce sont donc les formes qui vous intéressent, plus que le thème ?

IdeW. : Oui. Les formes et les couleurs. La page blanche m'angoisse toujours avant de commencer. Je passe donc un acrylique très dilué. Quand il sèche, se dessinent des formes qui font comme une sorte de broderie à partir de laquelle je commence. Je ne sais pas non plus d'où me vient ce goût ?

 

JR. : En fait, votre travail est tellement coloré, tellement jeune, qu'on dirait que vous vous promenez d'un passage de conte à un autre passage ; d'une petite histoire vécue à une autre… d'un souvenir à un autre… d'une image à une autre… sans volonté d'être conséquente ; sans vouloir que les passages soient liés : de sorte que tout spectateur qui ne vous connaît pas peut entrer dans votre peinture, au gré de sa subjectivité.

IdeW. : Voilà. C'est cela ! Par exemple, l'un de mes tableaux où sont peints des bâtiments, représente une oeuvre d'Hundertwasser, achetée à Vienne. Je me suis dit que cela allait me donner des idées. Il y a des courbes, toutes sortes de couleurs… Et il y a toujours un chat. J'aime beaucoup les chats, et il en " faut " toujours un sur mes tableaux.

 

JR. : Vous avez donc la plus grande imagerie féline du monde !!

IdeW. : Peut-être pas, mais si on les compte tous, cela commence à faire un nombre considérable !

 

JR. : Simplement parce que vous aimez les chats ? En somme, vous auriez aussi bien pu peindre un oiseau ?

IdeW. : Il y a aussi beaucoup d'oiseaux !

 

JR. : Chacun des éléments de votre tableau est tout petit. Et puis, parfois vous mettez un élément énorme, juste à l'avant du tableau. Pourquoi d'un seul coup, voulez-vous donner à ces éléments une importance particulière ?

IdeW. : Dans ces cas-là, comme je l'ai dit tout à l'heure, c'est une forme que j'ai vue dans le fond. D'autres fois, je mets des tuyaux qui s'entrecroisent, etc. : Sur l'un des tableaux, un paysan est en train de répandre de la bouillie bordelaise sur sa vigne !

 

JR. : Il en met vraiment beaucoup !! Comment appelez-vous ces mondes que vous créez, qui sont un peu des témoignages du quotidien ; mais où règne la plus grande fantasmagorie ?

IdeW. : Je ne sais pas. Cela ne veut rien dire. Ce sont les formes, les couleurs, le mouvement. Cela me donne envie d'aller toujours au-delà. Quand je repense au travail de Danielle Jacqui qui est encore bien plus faunique que le mien, cela m'emmène très loin ! Me donne envie de me laisser aller.

 

JR. : Ma question n'était pas tout à fait ce à quoi vous avez répondu. Même si c'est bien que vous ayez répondu ainsi. Je voulais vous demander si vous les appelez " Mondes imaginaires ", " Fantasmes " ?... Que sont pour vous ces mondes irréels que vous créez ?

IdeW. : Oui, des mondes fantasmagoriques !

 

JR. : En français, une expression parle de " sauter du coq à l'âne ". Il est toujours amusant de voir que dans votre peinture, c'est ce que vous faites. Que vous allez du réel à l'irréel comme s'ils se trouvaient sur un même plan.

IdeW. : Oui, c'est bizarre. Je peins des scènes que je n'ai jamais vécues !

En tout cas, je sens que j'évolue. Dans quelque temps, je ferai peut-être autre chose ? Mais ce que je fais actuellement me plaît infiniment.

Entretien réalisé à la Grotte du Roure, à Banne, le 13 juillet 2007.

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