VALERIE DEPADOVA, peintre

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Valérie Depadova, sommes-nous dans le monde du conte ? Le monde de l'enfance ?

Valérie Depadova : Le monde du conte, oui. Le monde de l'enfance pas forcément, car ce peuvent être aussi des contes pour adultes.

 

JR. : Pourtant, tous vos personnages sont dans une gestuelle enfantine. En train de danser, de sauter, de jouer à saute-mouton…

VD. : Oui, mais je pense que l'on peut aussi danser et jouer même en étant adulte !

 

JR. : Nous dirons donc simplement " dans le monde du conte ".

VD. : Oui, je préfère.

 

JR. : Tous vos personnages sont extrêmement découpés, délinéés. Ce sont des collages ?

VD. : Oui. C'est une base de collages faits avec de vieux journaux, avec des journaux actuels, des papiers que je retravaille, que je réimprime sur de vieux journaux, des pages d'encyclopédies, des planches scientifiques anciennes. Ensuite, je travaille à l'acrylique, au couteau principalement. Enfin, je les détoure au crayon. C'est pour cela que vous disiez que les personnages avaient l'air très découpés : ils sont tous redessinés au crayon. Et je termine par le fond.

 

JR. : Qu'est-ce que le collage vous apporte par rapport à la peinture directe ?

VD. : J'utilise le collage un peu comme de la peinture. Je l'utilise pour ses couleurs, pour ses formes, comme si c'étaient des taches de peinture sur un fond. Et, à partir de là, les personnages s'imposent.

 

JR. : Nous venons de dire que votre monde est très découpé, mais en même temps, il est très mobile. N'est-ce pas un paradoxe, parce que le fait de le recadrer lui donne une densité, un poids qui sont contredits par le mouvement que vous avez donné à vos personnages ?

VD. : Je tiens au mouvement, parce que pour moi, la vie n'est pas figée. Mes personnages ne doivent pas l'être non plus. Ils montrent d'ailleurs avec leurs doigts des choses qui sont hors cadre, qu'on ne voit pas forcément. Ils ont toujours un doigt pointé. Je tiens donc à ce qu'il y ait un mouvement, et une direction vers l'extérieur.

 

JR. : Puisqu'ils nous montrent quelque chose vers l'extérieur, que nous montrent-ils ?

VD. : Ils peuvent nous montrer plein de choses : ils nous montrent peut-être la voie ; peut-être une étoile ? Et ce que j'espère beaucoup, c'est que les gens arrivent à se projeter eux-mêmes dans la peinture. -C'est pour cela que je n'aime pas mettre de titres-. Et qu'ils arrivent à imaginer ce que montrent les doigts.

 

JR. : Ce qui m'a fait surtout penser qu'il pouvait s'agir d'enfants, c'est le côté primesautier de votre travail, qui fait que je n'arrive pas à voir vos personnages comme des adultes !

VD. : Chacun a gardé -du moins je trouve que c'est bien de pouvoir la garder- une part de rêve et d'imaginaire enfantin, même quand on est adulte. Je pense à cela parce que je ne vis pas dans un monde enfantin ; je ne vis pas entourée d'enfants. Et je ne pense pas être dans cet esprit-là.

 

JR. : Donc, j'ai décidément tout faux !

VD. : Je ne voulais pas vous contrarier ! Mais le côté naïf ne me sied pas, ne me colle pas !

 

JR. : Certes, pour corroborer ce que vous venez de dire, certains de vos personnages ont des yeux plus mûrs, plus matures. Et, alors que souvent certains sont dans un petit véhicule, en train de sauter (comme nous l'avons dit au début), d'autres sont face à face. Quand ils sont ainsi, sont-ils spéciaux ? Sont-ils en train de dialoguer ? Sont-ils des amoureux ?...

VD. : Il y a en effet beaucoup de couples, beaucoup d'amoureux dans mes tableaux. J'aime bien représenter des couples. Parce que je trouve que les histoires de couples, en amitié comme en amour, c'est très beau, très important. Du moins, c'est important dans ma vie.

 

JR. : En tout cas, vous avez su créer cette complicité. Chez beaucoup d'artistes qui peignent des couples, ceux-ci regardent le visiteur en off et ne se regardent pas. Les vôtres, au contraire, donnent vraiment l'impression d'être en grande conversation.

VD. : Oui. S'ils ne se regardent pas, ils se touchent un peu. Il y a effectivement toujours une relation entre les personnages.

 

JR. : Il y a longtemps que vous peignez ?

VD. : Oui, il y a très longtemps. J'ai commencé adolescente. Par contre, j'ai eu une interruption d'une dizaine d'années. Je peins et je vis de ma peinture depuis environ cinq ans.

 

JR. : Une artiste heureuse ! Qui vit de sa peinture !

VD. : Oui.

 

JR. : Alors, à cette artiste heureuse, je demanderai s'il y a autre chose dont elle aurait aimé parler ? Des questions qu'elle aurait aimé entendre et que je n'ai pas posées ?

VD. : Non, je ne pense pas. Je trouve que vous avez posé les bonnes questions.

Cet entretien a été réalisé à BANNE, au Festival d'Art singulier, Art d'aujourd'hui ", le 16 juillet 2009.

 

Un autre compte-rendu de festival

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