MARCEL DELTELL, peintre

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Marcel Deltell, nous nous retrouvons après un an de travail de votre part, puisque nous nous sommes vus l'an dernier à Banne. Pouvez-vous me dire comment vous avez évolué, depuis ce temps, et comment vous définissez votre travail ?

Marcel Deltell : Cette année a été un peu particulière, parce que je n'ai pas été très productif, ce qui ne veut pas dire que je n'ai pas évolué, que je n'ai pas incubé. Et, au contraire, depuis un mois environ, je m'y suis remis, et j'observe des évolutions qui étaient sans doute en gestation, et qui sont en train de naître. En terme d'évolution, j'aime ce que je vois, tant sur le plan qualitatif que sur les sujets que j'aborde. Je suis moins dans les mythes, les légendes et plus sur des faits-divers.

 

JR. : En somme, vous vous retrouvez dans la pseudo histoire, la petite histoire ? Ceci dit, j'aperçois un roi…

MD. : Le roi est plutôt une sorte d'Ubu Roi, c'est une critique du pouvoir. Mais si je prends les thèmes d'aujourd'hui, ce sont plutôt des thèmes d'actualité, des choses très simples : ce peuvent être des sentiments dans un quartier pauvre, des sans-papiers, Jean de la Lune, faire voler un cerf-volant, etc.

 

JR. : Il reste néanmoins toujours la part du rêve, parce que les gens continuent à voler au-dessus de leur village, à être un peu dans les nuages…

MD. : En effet. Je privilégie surtout ce travail dans la lune. La lune pour moi, c'est l'imaginaire, le rapport avec la nuit, le rêve et donc la possibilité de passer dans l'autre monde. En harmonie et sans problème.

 

JR. : Et maintenant, la question que je pose à tout le monde : Comment estimez-vous vous rattacher à l'Art insolite dans lequel vous vous retrouvez aujourd'hui ?

MD. : Cette étiquette me va bien. Je l'assume sans jouer les intégristes. Je trouve que ce terme nous permet de nous situer dans l'Art contemporain, et de nous distinguer de l'Art-concept ou de l'Art abstrait qui, hélas, sont encore dominants dans l'art actuel, mais nous permettent de nous définir indépendamment d'eux. Chacun sait bien, par contre, que ce sont tous les inclassables qui se retrouvent dans l'Art singulier et se ressemblent très peu. Il est donc difficile de trouver une définition unique ! Mais cette étiquette me convient. Et je trouve bien, qu'aujourd'hui cette tendance soit reconnue comme un courant de peinture à part entière, et non plus comme un courant de marginaux.

 

JR. : Différents, certes, mais dans toute l'exposition, le facteur commun est la couleur. Qui n'est jamais aussi évidente dans les expositions d'Art contemporain.

MD. : Je suis d'accord que la couleur est importante par rapport à tout le travail d'expression que j'essaie de mettre dans mon travail.

Je trouve bien que vous posiez cette question ; parce que je m'y retrouve, mais surtout parce qu'aujourd'hui, nous avons gagné droit de cité, nous avons des revues, des lieux, il est plus facile pour nous d'exister.

 

JR. : Ceci dit, vous êtes en train de sortir complètement de la marginalité…

MD. : Il est exact que nous ne sommes plus tout à fait des marginaux. Mais nous restons tout de même insolites, nous continuons de surprendre alors que, depuis longtemps, d'autres courants de l'Art contemporain ne surprennent plus.

Court entretien réalisé le 16 mai 2007, à Nottonville.

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