DENIS CUNIN, sculpteur

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Denis Cunin, êtes-vous à Banne au titre d'artiste Sngulier ? Ou artiste contemporain ?

Denis Cunin : Je ne sais pas. Je prends un morceau de terre, et des choses arrivent…

 

JR. : Pour vous définir, demandez-vous où vous vous sentez le mieux ? Dans une galerie d'Art contemporain ? Ou dans un Festival d'Art singulier ? L'esprit que vous rencontrez dans l'un et l'autre lieux peut vous donner une indication ? A moins que vous ne me répondiez que vous vous sentez bien partout ?

DC. : Tout dépend de ce que vous me donnez comme définition de l'Art singulier ?

 

JR. : Pour moi, c'est la définition historique. La question de la marginalité, de la non-officialité… Du travail en marge…

DC. : Alors là…

 

JR. : N'épiloguons pas ! Vous avez tout à fait le droit de ne pas vouloir vous définir !

Revenons à votre phrase de tout à l'heure : Vous prenez de la terre, et il se passe quelque chose… Donc, ces œuvres que je croyais en métal, seraient en terre ?

DC. : Oui, c'est de la terre…

 

JR. : Mais comment travaillez-vous cette terre, pour parvenir à un tel résultat ?

DC. : Je mets dessus des émaux, ou le plus souvent des oxydes métalliques.

 

JR. : Pourquoi cette volonté de travailler de cette façon ?

DC. : Parce que j'aimerais bien faire des bronzes !

 

JR. : Mais le bronze a une pérennité que n'a pas forcément la terre.

DC. : Oui. Et d'ailleurs, une de mes sculptures a été cassée. Mais la terre conserve aussi, des objets, parfois pendant des millions d'années.

Pour l'instant, je n'ai pas le choix, mais je préférerais travailler le métal.

 

JR. : Si je regarde votre travail, je vois une barque qui pourrait être le " Radeau de la Méduse " ? Puis une sculpture " égyptienne "… plusieurs personnages qui pourraient être en train de se battre, etc.

Quels thèmes choisissez-vous pour votre travail ? En décrivant vos œuvres, est-ce moi qui extrapole subjectivement ? Ou, est-ce bien ce que vous avez exprimé ?

DC. : Dans les thèmes que je choisis, les titres sont extrêmement importants. Normalement, une œuvre d'art doit se passer de titre, mais les miens sont importants.

 

JR. : Sont-ils complémentaires, redondants ou explicatifs ?

DC. : L'un d'eux est : " La soupe aux OGM ". J'avais écrit quelques textes pour expliquer ce que je fais. Je me souviens d'avoir écrit qu'être explicatif était très mal vu en art. Et quand j'ai commencé à travailler, je me suis dit qu'il fallait que je fasse le contraire. Souvent, le travail de certains artistes devient tellement abstrait que le sens se perd !

 

JR. : Mais dans votre œuvre, quand je vois trois personnages frits dans une poêle, il aurait fallu que je comprenne qu'il s'agissait de trois insectes ?

DC. : Non. En fait, ce que j'ai voulu exprimer, c'est que les OGM ont modifié l'âme des plantes. C'est ma façon de " modifier l'âme des plantes " !

 

JR. : Vous avez effectué là un grand cheminement !

DC. : Je m'amuse beaucoup quand les gens voient dans mes œuvres un air lugubre ! Alors que c'est de l'humour noir !

 

JR. : Il faut donc tout pendre au second degré ?

DC. : Oui.

 

JR. : Finalement, quel titre avez-vous mis pour le personnage que j'ai cru être un dieu égyptien ?

DC. : Je l'ai intitulé " Le réveil des anciens dieux ". A vrai dire, je n'ai jamais d'idée préconçue. Ces dieux sont babyloniens : A Babylone, les dieux avaient inventé les humains pour s'amuser un peu.

 

 

JR. : C'est-à-dire qu'ici, le titre n'a pas la même portée que d'autres que vous avez choisis. Il me dit ici pratiquement ce que je vois sur la sculpture : j'avais dit égyptien, vous dites babylonien, mais l'idée reste la même ? L'idée de mythologie prévaut. Alors que dans le cas des OGM, il y a réadaptation nécessaire de l'œuvre par le titre. Les titres n'auraient donc pas toujours le même rapport à l'œuvre ?

DC. : Si. Ce n'est jamais une représentation de l'époque. C'est l'idée qu'aujourd'hui, les choses sont ainsi.

 

JR. : Et le batelier ?

DC. : En fait, le titre est " La croisière ". Je me rends compte que parfois, le titre bouche le sens de l'œuvre. Alors, je change souvent mes titres.

 

JR. : Et cette œuvre apparemment très élaborée, aux multiples têtes ? Qu'en est-il ?

DC. : Celle-ci est différente. C'est une dryade.

 

JR. : Vous dites avoir écrit quelques textes sur votre création : comment, en quelques phrases, définiriez-vous votre travail ?

DC. : J'ai une formation littéraire. Ces sculptures ont été inspirées par mes pensées, certains soirs au moment de m'endormir. J'habitais dans une tour, et là tout se transformait…

 

JR. : Je peux bien comprendre. Certains artistes me disent qu'ils peignent ou sculptent pour ne pas mourir, vous me dites que vous sculptez pour oublier l'entourage économique qui vous déplaît ?

DC. : Je vois l'entourage économique. Je le ressens violemment. Il m'angoisse. Je sculpte non pas pour fuir, mais pour essayer d'exorciser cet entourage. Normalement, il y a de l'humour noir dedans. J'essaie d'évacuer la pression économique du marché par l'humour !

Par contre, je n'ai pas beaucoup de place, et quand je me réveille au milieu de ces œuvres…

 

JR. : C'est une façon de vous venger ?

DC. : Voilà !

Entretien réalisé à Banne, dans la Grotte du Roure, le 3 mai 2008.

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