NICOLE CRESTOU sculpteur

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Nicole Crestou, nous avons quitté un monde douloureusement humain, pour en venir à un monde de nains de jardins, et nous voilà dans un monde animalier. Nous sommes en fait, entrés de plain-pied dans le monde du conte. Comment en êtes-vous venue à ce dernier univers ?

Nicole Crestou : Peut-être le fait d'habiter vraiment la campagne, d'avoir un vrai poulailler, de vrais lapins… J'ai insisté sur les lapins, parce qu'en ce moment tout le monde fait des poules !

J'ai commencé cette série animalière par des chauves-souris, parce que j'avais exposé dans une grange avec une belle charpente, cela m'avait inspirée. Je suis passée par les chiens, et cette année, j'en suis au lapin.

 

JR. : Nous sommes donc, comme nous venons de le dire, dans le monde du conte. Etes-vous partie de l'idée du conte ? Ou bien y êtes-vous arrivée ?

NC. : Je suis partie de l'idée du lapin. Ensuite, j'ai recherché les cas où ils se trouvent ? Il y en a beaucoup chez Benjamin Rabier illustrateur de BD du XXe siècle ; il y a le lapin d'Alice, ceux des Piles Durracell ; ceux qui jouent du tambour au moment de Noël, le lapin cible par rapport au chasseur, etc. Il y a beaucoup de lapins dans les décors de la céramique islamique. Il y a donc dans l'histoire, de nombreuses effigies du lapin, des représentations très variées… Bien sûr, le lapin se reconnaît immédiatement à ses oreilles, mais ensuite il peut être humanisé, traité dans toutes sortes de transformations de dessins.

 

JR. : Vous en habillez quelques-uns, vous laissez d'autres nus : pourquoi, ce que je suppose être une lapine, est-elle vêtue d'une jolie jupette, alors que sa voisine reste nue ?

NC. : Franchement, je n'en sais rien.

 

JR. : De même, certains ont gardé une patine très brute. D'autres sont émaillés.

NC. : Oui, c'est un peu au gré de ma fantaisie.

 

JR. : Vous voilà donc pour longtemps dans le monde animal ?

NC. : Pas forcément. Je vais avoir une exposition sur le thème de l'amour. J'imagine que je vais me retrouver au milieu des cœurs et des chérubins.

 

JR. : Vous avez tout de même des poules, somptueusement vêtues, brillantes, ripolinées. Pourquoi cette sophistication par rapport à la sobriété des lapins ?

NC. : C'est que les poules de ma basse-cour sont très variées et colorées. C'est donc plus délirant. Et ces animaux-là sont conçus pour rester dehors.

 

JR. : Quels sont vos projets ?

NC. : J'ai un projet avec le Musée du Berry de Bourges. C'est un musée d'objets, de mobiliers, etc. Un musée archéologique, en fait. On m'a demandé d'y exposer et de réaliser un projet en fonction de ce qui est déjà dans les salles. Ce sera donc des partis pris de ma part, des choix d'objets et de réalisations céramiques qui vont changer le point de vue des visiteurs. Soit m'inspirer de ce qui préexiste et changer des salles, l'intérieur et l'extérieur ; en tenant compte de tailles, points de vue, matériaux éventuellement. Et de retrouver des choses par rapport à la destruction, parce que certaines pièces sont cassées. Donc reprendre des objets du musée, et me les appropriant pour montrer différemment les outils qui existent.

 

JR. : Il va s'agir de modifier l'espace existant ? Ou recréer des objets ?

NC. : Il va falloir recréer des objets. Par exemple, à l'étage il y a une colonne en pierre. Je vais la refaire en céramique. Je vais en faire une verticale et une couchée, molle, pour montrer un parcours, pour mettre en évidence des fragments d'archéologie. Les gens retrouveront ainsi une gargouille qui récupère l'eau et qui est vue du dessous. Mon idée était de reprendre le motif, le revoir de dessus en fontaine qui jaillit. Un contraire, en fait. D'autres points de vue, etc.

 

JR. : Ce doit être un travail passionnant, parce qu'il implique une imprégnation complète du lieu, et en même temps une mise en évidence de votre différence.

NC. : Et de me retrouver dans ce travail avec une certaine logique qui me soit propre.

 

JR. : Alain Kieffer disait qu'il aimerait bien vous faire réaliser une performance comparable à celles que vous faisiez autrefois, avec des personnages dans l'eau… donc extrêmement éphémères. Depuis plusieurs années, on vous suit dans le monde animalier. Est-ce à dire que vous avez complètement renoncé à ce monde " humain ", ce monde de la détérioration ? Ou bien va-t-il falloir que vous vous y replongiez? Et est-ce que cela vous semble a priori facile ?

NC. : J'avais exposé il y a deux ans, en extérieur sur le thème de " La tête et les pieds ". Et j'avais mis une partie crue et une partie cuite. L'exposition durait plusieurs mois, et comme il était donc impossible de gérer les intempéries, j'avais été obligée de laisser des parties résistantes. Suivant les espaces qu'on me propose, je dois prévoir des compositions spécifiques au lieu. Donc, ce travail éphémère se fait à la demande. C'est tout à fait une autre démarche que celui sur des sculptures où je cherche la pérennité.

 

Entretien réalisé le Samedi 20 mai 2006, à l'Ancienne Abbaye de Saint-Galmier, dans le cadre de " Céramiques insolites ".

 

 

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