GEORGES MOINAUX, alias GEORGES COURTELINE.

(25 juin 1858-25 juin 1929)

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Bon chien, dit-on, chasse de race ! C'est vrai pour Georges Moinaux, à qui son père, Jules Moinaux -dont La Gazette des tribunaux a amusé plusieurs générations de lecteurs- a légué ses dons d'observation et son sens de la caricature.

Enfant, il va à l'école rue des Batignolles, à Paris "côté rive droite et non pas rive gauche ; côté Montmartre et non pas Montrouge" : l'érudition, les souvenirs classiques, la langue châtiée dans laquelle il écrit, attestent qu'il a été un bon élève. Et cette précision "géographique" explique peut-être la vivacité de là satire souvent amère qui émaille son oeuvre.

Redresseur de torts, ce Georges Moinaux, qui démissionne des "Bouillons Duval" quand il constate avec quelle sévérité les serveuses sont trop souvent punies ! Paradoxe vivant, ou fieffé débrouillard, puisque, incorporé au "13eme Régiment de chasseurs à cheval", il est démobilisé sans être jamais monté... à cheval ; et qu'entré à la Direction des Cultes, il en démissionne sans presque y avoir mis les pieds !

Il publie sous son pseudonyme quelques petits contes très conventionnels, puis fonde la revue Paris moderne. Bon faiseur, sachant exploiter son talent, tirer d'un conte une pièce, ou inversement, il connaît très vite la célébrité et produit une centaine d'oeuvres dans lesquelles il transcrit ses observations faites, d'abord au Service Militaire, véritables satires sous forme de contes drolatiques : Les gaîtés de l'escadron (récit en 1886 ; pièce en 1895) ; Le train de 8 h 47 (1888) ; Lidoire (1991). Puis il s'en prend aux fonctionnaires bureaucrates : Messieurs les ronds-de-cuir (1893) ; et Boubouroche, comédie bourgeoise qui demeure son chef-d'oeuvre. Il passe aux gens de justice, pour lesquels plus que jamais soucieux de l'observation directe, il donne une série de tableaux d'une véracité saisissante : Un client sérieux (1896) ; Le commissaire est bon enfant (1899) ; etc.

La vivacité, l'amertume parfois, la charge toujours liée à la réalité quotidienne, une comédie humaine à la portée de tous, expliquent le succès remporté par les oeuvres de Courteline : des oeuvres courtes, "un acte, un seul acte, voilà ma mesure..." écrit-il. Un sens inné du théâtre, un art du dialogue, de l'intrigue, des retournements de situations ; la verve caricaturale avec laquelle il s'attaque aux travers de son temps ; sa manière de camper des personnages d'une navrante médiocrité ( Barbemolle, Landhouille...) font de cet auteur un des maîtres du répertoire comique des années 1900. Et, s'il n'est pas Molière, du moins le pastiche-t-il avec La conversion d'Alceste (1905). Après avoir écrit un dernier roman, Les linottes, en 1912, il "considère qu'il n'a plus rien à dire", ne fait qu'un bref retour en 1917 avec La philosophie de Georges Courteline, recueil de pensées et de boutades ; puis il disparaît de la scène littéraire et théâtrale.

Il est nommé Commandeur de la Légion d'Honneur. Il est élu en 1926 à l'Académie Goncourt, mais la mort l'empêche d'y siéger. Un prix littéraire porte néanmoins son nom.

Il est enterré au Père Lachaise.

Jeanine Rivais.

un autre personnage célèbre