L'ART EN CORSE.

UNE SERIE D'ENTRETIENS DE JEANINE RIVAIS.

Cette série d'entretiens a été réalisée au cours des étés 1989/1994. Les artistes rencontrés, les plus représentatifs de l'île, avaient, à cette époque-là, au long de ces entretiens, fait un état des lieux artistiques. C'est dire que la réalité peut avoir évolué au cours de ces plus de 15 ans !

**********

VOYAGE AU CENTRE DE LA CORSE.

J'aime les villes. Je n'ai aucun a priori contre le béton, si je trouve en son centre des théâtres, des cinémas, des musées, des galeries d'art, et des amis.

Il y a quatre ans, quand j'ai atterri pour la première fois dans l'île que tous les guides touristiques et les chansons populaires appellent l'" Ile de Beauté ", j'y suis arrivée en simple touriste. Toutefois, comme je déteste " bronzer bête ", j'avais prévu un planning impressionnant de visites de villes, citadelles, églises classées, etc. Tout un programme touristico-culturel.

A peine sortie de l'aéroport, La Balagne, les Agriates, le maquis m'ont convaincue que je faisais fausse route : Pourquoi cette mer est-elle si bleue qu'elle semble sortie d'une carte postale ? Pourquoi les routes de montagne dont les habitants disent qu'elles ont été tracées pour les ânes, sont-elles si tortueuses ? Pourquoi le maquis sent-il si fort au soleil ?

Alors, avec un esprit et une curiosité exacerbés, je suis partie à la rencontre des lieux et des gens qui les ont créés. J'ai appris à les aimer, à respecter leurs différences. Pendant un temps, j'ai été frappée d'" insularité ".

… Mais, peu à peu, la chaleur m'a empêchée de dormir, les cigales ont craqueté trop fort, le libeccio a soufflé trop souvent, et j'ai commencé à chercher mon environnement habituel : les théâtres? (Bastia, Ajaccio, bah !) Les cinémas (Stallone et Schwarzenegger !) ; les musées ? J'ai longuement erré parmi les merveilleuses statues préhistoriques de Filitosa, les foules d'Aléria, rêvé quelques heures au milieu des roches collections léguées par Monseigneur Fesch à la ville d'Ajaccio, passé un petit moment dans le minuscule Musée des Arts et Traditions populaires de Bastia, visité à toute allure quelques expositions temporaires d'amateurs en mal de notoriété. Et puis, plus rien ! Ah si ! Un FRAC à Corte.

Frustrée, redevenue touriste par force, je suis partie à la recherche des artistes, des vrais, des vivants, car il était impossible que, dans cette île, les artistes n'existent pas ! Maintes fois, j'ai posé la question inquiète : " Existe-t-il un art en Corse ? ", ou naïve : " Existe-t-il un art corse ? "

Plusieurs milliers de kilomètres plus loin, par des routes impossibles, après des rendez-vous dont la convivialité m'a convaincue que la chaleur de l'accueil, là-bas, est plus forte que les bombes et les incendies, j'ai appris qu'il y a un art en Corse, et des artistes ! J'ai découvert combien les passions y sont violentes pour créer, défendre, ou avoir accès à cet art !

Et si, comme je le crois, j'ai su tisser quelques liens d'amitié sincère, alors ce petit texte est un hommage à mes nouveaux amis !

Jeanine RIVAIS.

Il existe donc un art corse, et un art en Corse !

Au fil des parutions des Cahiers de la Peinture, vous vous en convaincrez,. Bon voyage !

******************************

La série d'entretiens citée dans la rubrique "Retours..." -série qui n'avait bien sûr pas la prétention d'être exhaustive-, publiée dans les Cahiers de la Peinture entre 1992 et 1994, comprenait un ensemble d'entretiens avec des artistes qui nous ont permis de proposer un éventail "représentatif" de l'art en Corse" (à cette époque-là, bien sûr) : un peintre-archéologue soucieux de patrimoine culturel et de modernité ; un peintre attaché à ses racines ; un peintre résolument tourné vers les tendances plus officielles ; un sculpteur qui a créé un "mouvement" d'artistes ; une jeune artiste qui venait de débuter sa carrière professionnelle. Etc.

Puis, ils ont ont donné la parole aux responsables de l'art en Corse :

- deux maires, l'un président d'un SIVU (Syndicat Intercommunal à Vocation Unique), l'autre organisateur du Salon annuel d'Art Contemporain de Ville-di-Paraso. - le Directeur du FRAC et le Conseiller artistique de la DRAC.- les directeurs des principales galeries.- le. conservateur du Musée de Bastia.- la directrice-adjointe de la Maison des Jeunes et de la Culture de Bastia.  Ces responsables ont souvent été "accusés", en tout cas "mis en cause" dans les entretiens précédents. Comment définissent-ils leur rôle, leurs problèmes, leurs interrogations, leurs certitudes ?

Plus de quinze ans après, sont-ils toujours "représentatifs" ? ... Bonne lecture !