L'ART EN CORSE .

JEAN-JACQUES COLONNA-D'ISTRIA, directeur de la librairie-galerie "La Marge", à Ajaccio.

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Patrick de la Foata, photographie.

 

Jeanine Rivais. : Monsieur Colonna-d'Istria, quelle est votre appréciation de la situation artistique en Corse ?

Jean-Jacques Colonna-d'Istria. : La question est multiple. S'agit-il de la situation des artistes vivant en Corse ; de la perception de l'Art en général dans notre région par ses habitants ? Ou plus précisément s'agit-il d'un état des lieux ?

Dans les trois cas, on peut répondre que la situation est sensiblement identique à celle que l'on peut trouver de l'autre côté de la mer, c'est-à-dire d'abord dans les provinces : les artistes -peu connus de la presse parisienne- ont du mal à vivre. Il y a sans doute, proportionnellement au nombre d'habitants, autant d'amateurs du Gréco, de Chaissac ou de Vilmouth qu'ailleurs; la Corse, comme, beaucoup de régions, manque de structures : Musées d'Art contemporain, galeries spacieuses, Centres culturels, Espaces dévolus à l'art, Salons., etc.

Beaucoup s'évertuent à faire vivre l'Art : galeristes, artistes, FRAC, DRAC, professeurs, conservateurs, libraires... Les moyens sont faibles, 1es investissements trop lourds pour une faible population... Pourtant, le "monde artistique bouge, remue, se manifeste, s'interroge, se remet en question, en cause parfois, s'exporte même aussi...

 

J.R. : Vous êtes, à Ajaccio, directeur de la librairie-galerie "la Marge". Quelle définition donnez-vous de votre galerie ?

JJ. C. d'l. : Il s'agit, avant tout, d'un "lieu": La Marge est une librairie, une galerie, mais aussi et surtout, un lieu de rencontres d'écrivains, de musiciens, de plasticiens et d'artistes en général. L'animation est assurée par une association Loi 1901 : "La Signature Doit Dépasser la Marge" nous reviendrons tout à l'heure sur le sens de ce titre, éloquent en lui-même. Enfin, la politique est multiple : Pour rester dans le domaine qui nous intéresse aujourd'hui, nous avons donné cinq lignes directrices à notre action :

1/ Exposer les artistes vivant en Corse : montrer ce qui se fait ici ; et les créateurs de qualité sont légion ! 2/ Donner à des jeunes une chance qu'une véritable galerie ne pourrait leur offrir; certains sont devenus des professionnels et exposent aujourd'hui sur le continent, en France ou ailleurs.

3/ Chaque année, inviter un maître reconnu dans le monde de l'Art contemporain. Ainsi, Pierre Szeckeli, Jean Dewasne, Ben Bella, Léonor Fini, Jean Leboul'ch, Ben... cette année, Velikovick et Peter Klasen... en 94, Tobiasse...

4/ Entre les uns et les autres, inviter des représentants de différents courants de l'Art d'aujourd'hui. Ils sont moins "reconnus" des grands médias parisiens, mais apportent beaucoup : Jean-Jacques CeccarelIi. Francis Braun, Solange Galazzo, le groupe Lezard Plastic, le groupe Casa, Pierre Ambroggiani...

5/ Permettre aussi à des artistes, autres que peintres, de montrer leur travail : tapissiers, illustrateurs de livres pour enfants : Christophe Besse, François Place, PEF, Jean-Marie Ruffieux ; dessinateurs de B.D. : Walter Fahrer ; photographes, sculpteurs sur bois, etc.

J'ai dit à plusieurs reprises : "permettre aux artistes de montrer". Il faudrait surtout dire "permettre aux habitants de cette île de " voir ".

 

J.R. : Vous exposez des gens célèbres, comme Corneille, Klasen. Szekeli... y a-t-il, selon vous, un lien logique entre ces expositions, ou essayez- vous d'être éclectique ?

JJ. C. d'I. : Le lien entre Corneille, Ben ou Szekeli me semble évident. D'abord, j'invite en priorité les artistes dont j'aime le travail. Je me suis très vite aperçu que ces choix corroborent en général ceux que le public aurait faits ! Normal : Ajaccio n'est pas Paris et chacun est honoré de la venue, ici, d'un grand maître ! L'amateur n'a pas le loisir de voir des "Corneille" ou des "Leonor Fini" quand il le veut. La venue de l'un d'entre eux est toujours une aubaine. En-dehors de l'affectif, les points communs sont la qualité (l'homme et son art) et leur présence effective à Ajaccio à l'occasion d'une exposition. L'éclectisme est donc de rigueur.

 

J.R. Présentez-vous des peintures et des sculptures, ou seulement des peintures ?

JJ.C.d'I. : Par manque de place -mais pas par goût- nous n'exposons plus que des peintres. Il y a quelques années, nous avions une belle salle d'exposition en face de la librairie : c'est là que Dewasne, José Pini, M. T. Colas, Caroline Bellardy (ce fut sa première véritable exposition), Andréou... ont exposé ! Pour des raisons économiques, nous avons dû transformer cette salle et la rentabiliser. Aujourd'hui, c'est devenu le relais France-Loisirs (d'autres satisfactions).

 

J.R. Vous faites "entrer" des artistes extérieurs à l'île. Puisque vous exposez également des insulaires, essayez-vous de les aider à "sortir" de l'île ?

JJ. C. d'I. : C'était le but premier de notre association "La Signature Doit Dépasser la Marge". Nous souhaitions voir "nos" artistes la traverser, cette Mère Méditerranée ! Hélas, il faut bien reconnaître que le but annoncé est loin d'être atteint, sauf pour quelques exceptions notoires : Peter Berger, Françoise Seryes, Vivianne Quilichini, Colette Fournier... d'autres encore ont eu la chance de montrer ailleurs -à Paris parfois- leur talent. Mais rien de systématique. La chance... une galeriste parisienne qui passe ses vacances à Ajaccio; un directeur de Centre Culturel... le résultat est très mitigé.

 

J.R. Vous êtes l'un des responsables du FRAC. Exposez-vous des artistes de même obédience ? Ou, comme pour les gens "célèbres", choisissez-vous l'éclectisme ?

JJ. C. d'I. : Je ne suis en aucune façon l'un des responsables du FRAC. Tout au plus, suis-je un membre du Conseil d'Administration (1). Je suis censé représenter "le public", "les utilisateurs", mais j'en suis fier. Le FRAC est essentiel pour la Corse. Il fait beaucoup pour la diffusion de l'Art Contemporain. L'idée de Jack Lang est géniale. C'est vrai que les choix du FRAC sont résolument dans l'optique d'une mode, celle défendue par le Ministre de la Culture : on fait un peu trop de "Jack Lang", et ses poulains -courtisans artistes ou délégués aux Arts Plastiques, directeurs de certains FRAC, .etc.- ont bien su profiter de l'aubaine. En Corse, le FRAC est "branché" sur "l'Art Pauvre". C'est un choix comme un autre. Je pense que dans quelques années, on appréciera mieux le sens de cette collection. Je pense aussi que "l'Art Pauvre" et es choix du Comité Technique actuel ne sont qu'un des multiples aspects de l'Art d'aujourd'hui, prolixe s'il en fut, en écoles, mouvements et autres courants. Il serait souhaitable -c'est mon avis tout à fait personnel- d'élargir maintenant cette direction prise lors de la création du FRAC-Corse. Je m 'y efforce très modestement de ma petite voix au Conseil d'Administration. Il serait aussi souhaitable d"'acheter" un peu plus les artistes vivant en Corse. Il faudra du temps...Nous en avons ! En tout cas, la structure est bonne et les hommes qui la gèrent, de qualité. La politique du FRAC évoluera naturellement avec le temps. Quant aux rapports entre cette structure, les artistes du FRAC et la galerie La Marge, ils sont modestes, c'est le moins que l'on puisse dire pour l'instant. Le minimalisme n'est pas ma tasse de thé ! Je préfère l'éclectisme à un seul "Mouvement", fût-il dans la visée d'un Ministre de la Culture ! Ceci pour l'Art, mais aussi pour la conduite dans la vie en général...

 

J.R. : Acceptez-vous des "artistes d'imitation" (la fleur pour la fleur), ou seulement des artistes pratiquant la déconnotation, la recherche picturale, etc. ?

JJ.C.d'l. : Pas d'a priori, si le professionnalisme et le talent sont présents et évidents. Nous avons exposé des "figuratifs" et aussi aménagé des "installations". Je l'ai déjà dit, l'éclectisme est de rigueur !

 

J.R. : Quel âge a votre galerie ?

JJ. C. d'l. : La librairie a ouvert le 15 juin 1977, avec une première exposition, puis une autre... depuis, il ne s'est jamais passé une seule semaine avec les murs de la librairie nus. A raison de 20 expositions par an, en moyenne, calculez... cela en fait plus de 300 ! Beaucoup plus, en fait, puisque depuis l'ouverture de la "Marge 2" (le local en face de la librairie), le nombre des expositions a doublé en sept ans...

 

J.R. : Quel public la fréquente ? La fréquentation est-elle la même, selon que vous exposez "des continentaux" ou " des insulaires"?

JJ.C.d'l. : Comme vous pouvez l'imaginer, dans une ville privée de lieux culturels, le public est avide, varié, nombreux et fidèle. Il faut lui adjoindre celui, passager, de l'été, formé des Corses du continent et des touristes, français et étrangers. Les vernissages peuvent attirer jusqu'à plusieurs centaines de personnes : le public sera plus nombreux pour un artiste connu ou reconnu, c'est normal. Le vedettariat joue ici comme ailleurs. Pour les artistes "locaux", cet argument est remplacé par la présence des amis, des connaissances, les "vrais amateurs", ceux attirés par la curiosité ; par l'intérêt aussi de constater l'évolution d'un ami ou d'un confrère...

 

J.R. Quelle couche sociale achète des oeuvres présentées sur vos cimaises ? Pouvez-vous donner à titre indicatif le prix moyen de ces œuvres ?

JJ.C.d'l. : Ajaccio présente le "microcosme" de n'importe quelle grande ville de province : Les acheteurs s'y recrutent donc comme ailleurs. Médecins ou avocats devenus parfois des collectionneurs ; amateurs éclairés n'hésitant pas à faire un placement dans une oeuvre d'art ; jeune professeur qui tombe amoureux d'une lithographie ; plaisancier en vacances dans le golfe ; jeune couple qui achète sa première oeuvre...

Ici, en général, les artistes diminuent le prix de leur production : La Corse n'est pas un pays riche, ils le savent. C'est aussi un argument en faveur d"'un achat éventuel" : cette pratique est incitative, surtout pour l'amateur qui connaît la cote de l'artiste à Paris. Une lithographie de Corneille se négocie entre 3 et 8000 francs, une oeuvre originale entre 30000 et xxxxx francs ! La toile d'un peintre "local" -par ailleurs professeur de dessin dans un Iycée- entre 3 et 7000 francs… D'autres sont plus prétentieux. D'autres enfin ne veulent pas vendre : ils exposent simplement.

 

J.R. : Est-ce par goût ou par nécessité que vous animez à la fois une librairie et une galerie ?

JJ. C. d'I. : J'ai toujours fréquenté les librairies... et les galeries. Il me semble que les livres enserrent comme un joyau les oeuvres accrochées autour d'eux. Que les oeuvres dispensent une lumière magique sur les livres. Non, ce n'est pas par nécessité ; mais bien par goût et par choix que les uns se mêlent aux autres. Egoïsme, peut-être, car c'est un plaisir quasi-sensuel, renouvelé chaque jour, voir, revoir, voir encore, admirer,sentir, respirer les tableaux accrochés. C'est mon univers intime. J'ai à peine le temps de m'habituer qu'une nouvelle exposition va emporter la précédente. Au fond de la mémoire et des souvenirs... ils me sont indispensables comme la musique qui, en fond sonore, distille ses notes de la première à la dernière minute de la journée. L'art, la lecture et la musique me donnent de grandes joies.

 

J.R. : Quand vous exposez des artistes corses, et quelle que soit la forme d"art dans laquelle ils s'expriment, avez-vous déjà évoqué avec eux le problème de leurs "racines"? Comment se définissent-ils par rapport à ce problème ?

JJ. C. d'I. : Le véritable artiste ne peut avoir de racines que dans le sens où elles peuvent -mais il n'y a pas qu'elles- être une source parmi d'autres, de son inspiration, de son moi profond, de son génie d'artiste. Prenez l'exemple de Picasso : Il y a Guernica, mais il a tellement d'autres œuvres dont la source d'inspiration n'est pas l'Espagne. Peut-on dire que Picasso a peint Guernica comme il l'a peint, eu égard à ses origines ? Je crois que les artistes qui sont nés en Corse ou qui y vivent, sont comme Picasso : ils peuvent exprimer Ponte Novo ou Aléria, mais le problème n'est pas là. Le principal est de ne pas tomber dans l'anecdotique. L'art est universel ou il n'est pas. Les racines sont là, mais les branches de l'arbre doivent s'étendre vers les terres inconnues et mystérieuses de l'Art. Il y a les authentiques artistes, et les autres, quelles que soient leurs racines.

 

J.R. : La plupart des artistes que j'ai rencontrés ont manifesté beaucoup de rancoeur et d'amertume à l'égard du FR4C et de la DRAC. Puisque vous êtes "dans le système", pouvez-vous analyser les raisons de ce manque d'enthousiasme ? Inversement, pouvez-vous préciser celles pour lesquelles vous vous êtes investi dans l'une de ces institutions ?

JJ. C. d'I. : J'ai déjà en partie répondu en ce qui concerne le FRAC. J'ajouterai qu'il y a souvent malentendu de la part de ceux qui le dénigrent. Il y a malentendu... il y a aussi une part de jalousie envers ceux -les rares élus, il est vrai- qui ont la chance d'avoir une oeuvre acquise par le FRAC.

En Corse, on a trop souvent la faiblesse de considérer ce genre d'organisme comme une tirelire... La politique du FRAC est cohérente, même si je ne suis pas complètement d'accord avec celle-ci. J'espère que les créneaux privilégiés jusqu'à maintenant s'ouvriront sur d'autres écoles, sur

d'autres courants de l'Art contemporain : mais il y aura toujours les "laissés-pour-compte". Si j'ai accepté d'être "dans le système", comme vous dites, c'est pour pouvoir l'infléchir, dans la mesure de mes modestes moyens. Il faut être vigilant : on voit aujourd'hui certains artistes "faire" du FRAC... J'en connais qui avaient une démarche de recherche tout à fait intéressante, et qui, en quelques mois, se sont mis à échafauder des "installations" avec deux ou trois morceaux de bois, à répandre des sacs de riz dans un espace, à nouer deux ou trois morceaux de corde, à noeuds ou pas... Ils font -ou croient faire- des œuvres susceptibles d'être achetées par le FRAC. Ils n'ont rien compris, bien sûr ; ils se renient et sont amers parce que le Comité Technique n'a pas retenu "leur chef-d'oeuvre"...

Quant à la DRAC, ses moyens sont modestes. Il y a tant à faire ! Personne, en Corse, ne peut avoir un projet, si modeste soit-il, sans appeler aussitôt la DRAC au secours. Pourtant, sa politique - et là, je ne suis pas compromis !- me semble cohérente, elle aussi. Elle aidera telle ou telle manifestation originale ; elle soutiendra telle autre qui se déroule avec réussite depuis plusieurs années... Elle intervient un peu partout: Ville-di-Paraso, Festival de jazz à Calvi, de la musique à Bonifacio, musicales de Bastia, l'édition d'un ouvrage ; elle soutient les troupes de théâtre, les compagnies de danse, les orchestres de rock, les musées, les conférences, les commémorations... ouf ! J'en oublie ! Avec des moyens en peau de chagrin, se rétrécissant chaque année au profit de la Collectivité Territoriale qui vient de naître. L'espoir est là !

A moins que l'amertume ne se reporte tout naturellement sur cette nouvelle tirelire. Pour conclure, je ne pense pas qu'il y ait désaffection : il y a ceux qui en profitent -dans le bon sens du mot- et les autres.

 

J.R. : Pensez-vous que le manque de structures sur l'île ait pu générer cette situation malgré tout agressive ? Ou voyez-vous d'autres raisons ?

JJ. C. d'l. : Il est bien évident que la Corse manque de structures culturelles. L'énumération des manques serait longue ! La seule structure digne de ce nom est le Musée Fesch. Deux ou trois galeries privées, trois "cinémas" gérés par le même propriétaire... Comment voulez-vous que les jeunes aient une idée du monde contemporain ? Ils n'ont jamais vu une œuvre originale : ils ne peuvent connaître Picasso, Chagall ou Matisse que par les livres d'images... Et vous leur parlez de Pistoleto, Vilmouth ou Klasen... Pour les plus curieux, ils ont pu admirer "le" Boticelli du Musée Fesch. L' Art s'arrête donc à Botticelli... La carence dans le domaine des structures culturelles de la Corse est un gouffre ! Et ce n'est pas le travail de la Galerie Artco, de la librairie-galerie La Marge à Ajaccio, le travail de Loulou Schiavo ou de la MJC à Bastia qui combleront ce fossé. En Corse, on est passé de Botticelli à Ange Leccia en dix ans. Comment rattraper le retard ? Il ne s'agit pas de situation agressive, mais d'un grand désarroi.

 

J.R. : Face aux difficultés que vit la Corse, avez-vous des remarques à faire ? Votre démarche " vers " l'extérieur, "vers " le FRAC, etc. pose-t-elle problème ? Ou les gens qui souhaitent l'indépendance ou l'autonomie de l'île, sont-ils, selon vous, indifférents aux problèmes artistiques?

JJ.C.d. : Je vous ferai la même réponse que pour "les racines". Je ne conçois pas le nationalisme rejetant l'Art et les artistes, qu'ils soient contemporains ou d'avant-garde. Là n'est pas le problème ou alors cela reviendrait à soupçonner le nationalisme corse de totalitarisme qui nous renvoie à une autre époque. Je ne crois pas du tout que le problème soit là. Ce n'est pas non plus la finalité de votre question. En tout cas, ce n'est pas d'actualité. Les nationalistes sont comme tous les habitants de l'île, à l'écoute des problèmes de l'art. Ils sont sensibles aux questionnements des artistes ; ils sont également amers devant le dénuement culturel de notre région et c'est même un argument supplémentaire à la validité de leur combat. C'est l'une de leurs revendications justifiées et leur amertume est largement partagée par l'ensemble de la population. Il faut bien reconnaître que les gouvernements successifs de la République Française n'ont pas fait grand chose pour l'équipement culturel de la Corse !

 

J.R. : Eventuellement, avez-vous d"autres remarques sur les problèmes que vous rencontrez ?

JJ.C.d'I. Ce qui pose problème, c'est bien ce manque de structures qui nous met résolument à l'écart des courants de l'Art contemporain. Les habitants de l'île n'ont pas l'habitude -et pour cause- de se frotter à l'Art : peinture, mais aussi théâtre, cinéma, musique... Ils connaissent mal et apprécient ma, car ils n'ont pu prendre cette habitude- l'art qui se fait pour:tant sous leurs yeux. Ils sont surpris, souvent, par ce que leur propose telle galerie. C'est dommage et regrettable pour eux, comme pour nous : notre effort tombe souvent à plat. Mon problème est bien là ! Montrer Corneille et entendre, comme je l'ai entendu plusieurs fois :"Tiens, je savais qu'il écrivait des tragédies, je ne savais pas qu'il peignait aussi"...

(I)Pour le fonctionnement du FRAC, voir entretien ultérieur avec Serge Graziani.

CE TEXTE A ETE PUBLIE DANS LE N° 289 DE JUIN 1993 DES CAHIERS DE LA PEINTURE.

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