MARYLINE COLENSON, sculpteur

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Maryline Colenson, à quel titre êtes-vous venue à Banne ? Singulière ? Ou contemporaine ?

Maryline Colenson : Singulière ? Du fait que je fais des chaussures en terre, je le suis peut-être ? Contemporaine, je ne sais pas ?

 

JR. : Mais si vous vous sentez bien dans l'Art singulier, c'est votre réponse !

MC. : Oui.

 

JR. : Pouvons-nous, d'emblée, parler de l'obsession de la chaussure ? Et pourquoi ?

MC. : J'adore les chaussures. Les concevoir en terre, sans les imaginer au préalable est un grand plaisir. Parce que je prends la terre, et je la façonne selon mon inspiration. Cette démarche est magique ! Je me fais plaisir !

 

JR. : Et d'où vous est venue cette envie ?

MC. : J'ai un ami qui est sculpteur, et je me suis mise à travailler la terre, sans idée précise. Et puis, un jour, j'ai eu envie de faire une chaussure. Depuis, j'en ai fait une série…

 

JR. : Vous êtes un peu dans l'esprit d'un musée de la chaussure où l'on présente les chaussures depuis les poulaines du Moyen-âge, jusqu'aux chaussures à talons les plus contemporaines ?

MC. : Oui, pourquoi pas !

 

JR. : Pouvez-vous développer ce parti pris de traverser les siècles avec des chaussures qui ont varié avec les modes !

MC. : La chaussure est la personnalisation d'une tenue vestimentaire. C'était au départ un ornement destiné à décorer les pieds. Puis il est devenu un accessoire pratique pour protéger le pied. Mais il est longtemps resté au rayon des accessoires, puisque seuls les gens riches portaient des chaussures. Plus tard, selon la fonction et le statut de chacun, elles sont allées du sabot de bois au soulier fin. Mais elle continue de refléter la personnalité des gens.

 

JR. : Mais si vous avez voulu les faire " pratiques " comme vous le suggérez, il me semble que vous les avez néanmoins conçues dé/mesurées !

MC. : Oui. Il est vrai qu'elles ne sont pas pratiques ! Elles sont trop longues, trop étroites… Elles vont dans le délire de la forme et de la couleur. Il faudrait revoir les dimensions, pour les rendre utilisables !

 

JR. : Avez-vous vu le film " Belle de jour ", de Luis Bunuel ? On y développe toute la mystique de la chaussure, l'érotisme de la bottine. Or, vous ne concevez que des chaussures sans tige. N'avez-vous jamais été tentée par la botte fine qui monte au genou… etc. ?

MC. : J'ai tenté ! Mais je n'ai pas testé !

 

JR. : Disons que la technique l'a emporté sur l'envie ?

MC. : Oui. Je travaille seulement depuis deux ans, il y a donc beaucoup de choses à approfondir !

 

JR. : Il me semble aussi que ce qui leur manque, c'est la souplesse ! Je souffre de voir vos chaussures !

MC. : C'est drôle, parce que beaucoup de personnes disent qu'elles aimeraient les porter ! Il est difficile de donner, avec la terre, l'impression de souplesse !

 

JR. : Par contre, vous avez brisé le tabou de la chaussure noire, pour en venir à des couleurs assez vives et attrayantes.

MC. : J'aime la couleur.

 

JR. : Racontez-nous le cheminement que vous suivez depuis le moment où vous commencez jusqu'à celui où vous estimez que votre chaussure peut figurer sur une étagère ?

MC. : Je la prépare donc en terre. C'est elle qui me guide, qui me suggère la forme à suivre. Bien sûr, je dois suivre la forme générale. Ensuite, je travaille le talon, et je laisse sécher. Et c'est finalement la forme qui me suggère la couleur. Et bien sûr, arrive le moment de la cuisson à 1300°.

 

JR. : Ce sont des émaux que vous mettez dessus ?

MC. : Non. Ce sont des oxydes. Qui cuisent à la chaleur et qui ne bougeront pas du tout avec le temps.

 

JR. : Vous n'avez jamais envisagé de faire la paire ? Vous ne travaillez que pour unijambistes ?

MC. : Oui ! Je ne suis pas sûre de pouvoir faire deux fois la même !

 

JR. : Par contre, je n'ai pas poussé l'observation jusqu'à vérifier si ce sont des pieds gauches ou des pieds droits !

MC. : Il y a les deux !

 

JR. : Pour en revenir au petit historique de tout à l'heure, la réflexion d'une petite fille qui, à l'instant vient d'élire une chaussure à talon haut très contemporaine, m'amène à vous demander si vous avez en tête une époque précise lorsque vous façonnez votre chaussure ?

MC. : Non ! C'est vraiment le hasard ! Cela ne se définit qu'à la fin, grâce à la couleur !

 

JR. : Souhaitez-vous ajouter quelque chose à ce que nous venons de dire ?

MC. : Non. Sauf que je n'ai pas du tout l'habitude des interviews, parce que c'est la première fois que j'expose. Je suis ravie des réactions du public. Et de la presse.

Entretien réalisé à Banne le 12 juillet 2007.

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