JEAN-MICHEL CHESNE, sculpteur et dessinateur

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Je vous connaissais au départ comme créateur d'un jardin extraordinaire, avec en particulier une petite chapelle. Puis comme collectionneur de vieilles cartes postales. Et maintenant je vous retrouve comme dessinateur ? Comment définissez-vous votre travail ?

Jean-Michel Chesné : En fait, le dessin n'est pas nouveau, mais cela a été un problème pour moi, de préciser mon positionnement, éclairer ma position par rapport à un certain nombre de gens. D'autant qu'il y a six ans, je me suis mis à organiser une petite exposition d'Art brut et singulier dans le Sud, qui commence à bien marcher. Je me suis un peu retiré du projet. Mais il est vrai que quand je rencontrais des gens, les uns me présentaient comme collectionneur, mais je ne suis pas que cela… D'autres voyaient un autre aspect de mon travail. De sorte que je suis en train de resserrer mes actions. Je prends de la distance par rapport à l'organisation d'expositions. Et je montre mon travail, ce que je ne faisais pas avant.

Voilà 25 ans que je dessine, et j'ai chez moi un très grand nombre de dessins. Mais la mosaïque et le jardin me prenaient tout mon temps. Je travaille par séries, par centres d'intérêt. Dans six mois, ce sera autre chose.

 

JR. : Il y a environ un mois, à vos Portes ouvertes, vous présentiez seulement des dessins en noir et blanc. Et ici, je retrouve l'obsession du visage, avec parfois un corps mais qui n'est pas prépondérant.

J-M.C. : Il est souvent un peu minéral.

 

JR. : Il n'est là que pour servir le visage. Avec des récurrences de reliefs. Et de magnifiques couleurs dans les bruns, le travail d'un grand coloriste.

J-M.C. : En fait, je me suis remis à dessiner pour passer à autre chose. J'ai commencé des sortes de masques, en noir et blanc. Je suis passé en effet à la couleur, mais toujours dans une gamme un peu restreinte de gris, bistre et marron. J'exploite la série des têtes. Et ce qui se profile, c'est d'en venir à des couleurs plus vives, avec des visages encore plus imaginaires.

 

JR. : On peut donc envisager que le " corps prendra corps " ?

J-M.C. : Oui. Par des saynètes, avec des mises en scène.

 

JR. : Donc, le personnage ne sera plus statique, il deviendra actif ?

J-M.C. : Oui. Cela se développera même dans le format. Je pense que je vais mettre en scène plusieurs personnages à la fois … Moins statufiés, dirai-je. Mais ceci est dû à mes influences du moment : j'ai visité une exposition ethnique du Népal, et cela m'a nourri ! Je fonctionne ainsi : Une fois que j'ai fait le tour de la recherche des matières, etc., je vais passer à autre chose. Je sais que je ne peux pas bâtir une carrière sur la répétition. Il faut que je change, sinon je me lasse.

 

JR. : Comment vous rattachez-vous à l'Art insolite ?

J-M.C. : C'est une sorte de classement. Mais pour moi, c'est plus une famille de laquelle je me sens proche par goût, par affinité. Nous vibrons pour les mêmes choses. La plupart d'entre nous sont issus des émois de l'Art brut. Personnellement, mes premiers émois sont venus de l'Art brut pur. Puis, je me suis aperçu qu'il existait toute une famille d'artistes qui n'y étaient pas rattachés, mais qui en utilisaient les techniques. Et cela me convenait. Je me sens bien dans cette famille.

Entretien réalisé le 17 juin 2007, à Nottonville.

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