CLAUDE CHAPPE.

(1763-1805)

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Né à Brûlon, dans la Sarthe, Claude Chappe se destine d'abord à la prêtrise. Il est nommé abbé commanditaire à sa sortie de La Flèche, et pourvu de deux bénéfices que lui supprime l'Assemblée Constituante en 1790.

Féru de sciences et de physique, il devient membre actif de la Société philomathique et réalise " une expérience sur des bulles de savon remplies de gaz et électrisées, qui s'attirent et détonent ".

Obligé, par manque de subsides, de rentrer chez lui, il cherche un procédé de communication à distance, d'abord par les sons, puis par l'électricité : l'expérience est un échec. Il imagine alors un système de panneaux dont une face est noire et l'autre blanche, mobiles à volonté. Ce procédé est expérimenté avec succès les 2 et 3 mars 1791 entre Brûlon et Parcé. Encouragé, Claude Chappe revient à Paris. Avec l'aide de ses frères, il installe à l'Etoile, un appareil qui, dans la nuit, est démoli par malveillance. Il persévère, fait de nouveaux essais fructueux au parc de Le Peletier de Saint-Fargeau : le 22 mars 1792, il présente à l'Assemblée Législative son invention baptisée " tachygraphe ", puis après " télégraphe ". Le Comité de Salut Public ordonne l'installation d'une ligne entre Paris et Lille ; et, le 15 août 1794, le télégraphe transmet la nouvelle de la reddition de la place forte du Quesnoy**. L'inventeur est proclamé Bienfaiteur de la Patrie.

Une autre ligne est décidée, pour relier Paris et Landau ; et Chappe envisage d'utiliser son appareil pour le commerce et les renseignements météorologiques : la ligne de Lille est prolongée vers Bruxelles, Anvers, Amsterdam. Une ligne est, en 1798, créée vers Brest ; et en 1799, vers Lyon.

Cette progression ne va pas sans heurts, car Chappe manque sans arrêt d'argent ; et sa vie est troublée par des compétitions concernant sa découverte : un capitaine Courrejoles ; Bréguet et Berthaucourt présentent de nouveaux télégraphes. Des systèmes concurrents dont un " vivigraphe " sont abandonnés parce que trop compliqués. Des expériences privées avortent du fait de la loi instituant le monopole de l'Etat en matière de transmission télégraphique.

Le télégraphe Chappe fonctionne du 11 floréal an II (30 avril 1794) jusqu'en 1856. Mis à la disposition du public le 1er mars 1851, il n'a jusqu'alors transmis que des dépêches officielles : il a traversé les périodes difficiles grâce à la Loterie Nationale dont il diffusait les résultats.

Quant à son inventeur, fatigué, neurasthénique, atteint d'un .cancer à l'oreille, il se suicide le 23 janvier 1805, en se jetant dans le puits de l'hôtel de Villeroy.

Inhumé au cimetière de Vaugirard, il est plus tard transféré au Père Lachaise.

Jeanine Rivais.

** La cité connait les malheurs liés à l'époque révolutionnaire. La ville à la frontière de la jeune république est prise par les Autrichiens puis reprises en juillet 1794 (28 thermidor an II) par les troupes de Scherer après un sévère siège sous une pluie diluvienne. 3000 Autrichiens sont fait prisonniers à cette occasion. La nouvelle de la prise de la ville est transmise en quelques heures par le télégraphe Chappe, une première mondiale, au comité de salut public parisien qui s'en félicite.

ancienne et nouvelle sépultures.

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Télégraphe de Chappe et Monument commérant une Tour de Chappe à Neugartheim-Ittlenheim sur le Kochersberg (301 mètres) en Alsace

 

Les tours Chappe prenaient la forme d'une tour carrée, d'une tour ronde, d'une tour pyramidale ou étaient placées sur un clocher.

Une tour Chappe était constituée :

du signal (mât muni d'un régulateur pivotant et de deux indicateurs articulés)

d'une salle de travail à l'étage où le stationnaire observait les tours voisines et actionnait le système de manoeuvre du signal

d'un local de repos en dessous, où le stationnaire pouvait descendre se reposer de un quart d'heure après le coucher du soleil à un quart d'heure avant le lever du soleil.

Deux stationnaires étaient affectés à une tour, et ils se relayaient chaque jour à midi.

 

Au début, les mécanismes sont construits par les ateliers de l'administration centrale dans les locaux même de l'administration du télégraphe. En 1833, ils étaient construits dans l'atelier Guillaume Jacquemart Atelier pour la confection des télégraphes et autres machines, passage du Désir, faubourg Saint Denis, numéro 88.

Le mécanisme est constitué :

d'un mât de 7 mètres de couleur bleu ciel en partie extérieure intégrant une échelle pour permettre d'accéder aux éléments mobiles et réaliser leur entretien ;

d'un bras principal de couleur noire nommé régulateur, de 4,60 m de long sur 0,35 m de large ; le "régulateur", peut, en tournant prendre 4 positions : verticale, horizontale, obliques gauche et droite. Il porte à chacune de ses extrémités, un bras articulé,

de deux ailes noires nommées indicateurs, de 2 m sur 0,30 m ; l'"indicateur" est capable de présenter 5 positions différentes au cours d'une révolution complète. Un système de poulies, de contrepoids et de transmissions commande ces mouvements et les répète à l'intérieur de la station, devant le télégraphiste.

de contrepoids gris pour chaque indicateur, nommés fourchettes ;

d'un système de manoeuvre au pied du mât en salle de travail, nommé manipulateur, reproduisant à l'identique les positions du signal ;

d'un système de transmission par câbles et poulies de renvoi.

Les régulateurs et indicateurs sont munis de persiennes fixes pour réduire la prise au vent.

Les figures géométriques résultant de ces combinaisons, numérotées de 0 à 9, permettent la transmission de nombres composant un code de 9999 mots, syllabes ou lettres, que seuls, connaissent les directeurs des stations terminales. Les stations intermédiaires se bornent à répéter, sans les comprendre, les signaux transmis par leurs voisins immédiats. 15 signaux dits "réglementaires", connus de tous, informent chacun des conditions de fonctionnement de la ligne.

 Le mât et les structures du régulateur et des indicateurs sont en chêne, les persiennes en bois de pin, les poulies en orme, les poignées en frêne, les mécanismes sont en fer, bronze et laiton.

 Souvent troublées par des perturbations atmosphériques, les transmissions sont interrompues au crépuscule. Les essais nocturnes sont des échecs en raison des trop faibles sources lumineuses disponibles, et de la disparité des angles entre deux postes voisins.

 

1-Position de sécurité

2-Composition d'un signal (si mouvement)

3-premier code

4-Composition d'un signal

5-second code

6-Composition du signal suivant

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un autre personnage célèbre