Entretien avec Jeanine Rivais.
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Jeanine
Rivais : Louis Chabaud, voilà bien des années que nous
avons réalisé notre premier entretien, que nous avons
parlé de votre festival de Praz-sur-Arly. Depuis, il y a eu
à Lyon, l'aventure de Singul'Art. Comment
résumeriez-vous ces années d'Art singulier.
Louis Chabaud : C'est un vrai bilan. Pour ma part, j'ai commencé en 1968 à faire de l'Art singulier.
Depuis, j'ai créé le festival de Praz voilà une quinzaine d'années. Puis, j'ai ouvert la galerie à Lyon. Montrer de l'Art singulier et s'occuper d'artistes que l'on aime et qui sont en France très nombreux,(mais il n'y a pas le potentiel d'acheteurs), est complètement utopique. L'Art singulier à Lyon ! Tout le monde est en train de virer casaque ! Les galeries ont arrêté ce genre de travail. Qui, par ailleurs est en train de se développer de plus en plus. Mais voilà où je veux en venir : Se sont multipliés depuis des années grâce à la première -Danielle Jacqui-, des festivals et des lieux d'expositions où, principalement, ce sont des artistes qui organisent ces expositions et ces festivals. C'est fantastique ! Si cette mouvance veut perdurer et se faire connaître, parce que nous ne sommes pas encore à égalité avec l'Art contemporain, il faudrait que les artistes prennent conscience que, dans leur village, il y a toujours un moyen pour organiser une exposition, un festival.
Il
faut que les artistes se rendent compte que nous sommes les clochards
de l'Art contemporain ; pris à la légère par
certains critiques. Heureusement que des gens font des choses
fantastiques, dans des lieux fantastiques. C'est un travail
très long. Bien sûr, les artistes qui voudraient se
lancer dans cette aventure, se rendront vite compte combien c'est
long et difficile. Mais on arrive toujours à frapper à
la porte des mairies, des Conseils généraux, des
banques
Il y a toujours un moyen d'avoir un peu d'argent pour
faire un carton d'invitation et une affiche, et de faire venir les
artistes. Parce que, malheureusement, les artistes sont des vaches
à lait. Il faut payer, payer toujours !
JR.
: Oui, mais développer ce genre de manifestation implique que
l'on dispose d'un local. N'importe qui ne dispose pas d'un lieu assez
grand ! De plus, il y a toute une éducation à faire
auprès des populations. Et il me semble impossible que chaque
artiste trouve les moyens de se lancer dans une entreprise comme
celles où vous vous êtes lancés, Danielle Jacqui,
Marthe Pellegrino, vous-même
LC. : C'est facile ! Dans les villages, il y a toujours des lieux, la salle de la mairie, les restaurants, la salle des fêtes Peu importe même chez un artiste. Toujours de la place ! Toujours de l'argent, parce que c'est ludique et tout plein d'intérêt.
A Praz-sur-Arly, lors du premier festival, nous avons fait une affiche, des cartons d'invitation, nous avons logé et nourri les artistes. Ceci est important, pare que les artistes ont peu d'argent à dépenser
JR. : Il est vrai que l'accueil à Praz, était exemplaire.
LC. : C'est la première fois que je viens à Banne. Je dirai que c'est sans doute le plus grand festival d'Art singulier en Europe, avec des lieux fantastiques. Bravo !
JR. : Le problème est que cette
vulgarisation ne se rapporte pas seulement à l'Art singulier.
Les festivals vont maintenant des plus mauvais bouquets de fleurs,
aux fantasmagories les plus intéressantes. Nous connaissons
plusieurs villages qui se sont lancés. Il y a " L'Art dans les
granges ", en Côte-d'Or, et " L'art dans les
cours
et jardins ", en Puisaye, dans l'Yonne. Ils sont plus
éclectiques, mais le temps passant, ils se bonifient de
façon remarquable. Mais pour quelques exemples positifs,
combien d'initiatives complètement insipides, proposant du
sous-sous-sous- Buren ? Et ne faut-il pas craindre qu'en retrouvant
ce qu'ils ont fui dans les musées, les gens fuient aussi ces
initiatives ?
LC. : Je ne crois pas. Moi, je fais appel aux artistes Singuliers. Beaucoup de gens n'avaient jamais vu ce genre de création, et sont surpris de la qualité des uvres présentées. Il faut que les gens vivent de l'Art singulier. Certes, j'ai exagéré, tout le monde ne peut pas organiser des manifestations. Mais là où elles ont lieu, il est très facile de comprendre cet art qui n'a rien à voir avec le Conceptuel, ou avec tous les courants obscurs que vous évoquiez à l'instant.
Chacun sait qu'en France, c'est l'Art conceptuel qui a la primeur et qui est bien payé. Pour que l'Art singulier se fasse prendre au sérieux, il faut, j'insiste, multiplier les lieux où il est présenté. Courage donc aux artistes qu décideront de présenter leurs amis, etc.
JR. : Vous dites et répétez que c'est si facile, mais tout de même vous avez dû arrêter votre festival faute d'aides bénévoles.
LC. : Non, ce n'est pas ce qui s'est passé. Le problème qui s'est posé, c'est que n'avons plus eu la disposition de la cuisine que nous avions utilisée pendant très longtemps, sachant que les artistes mangeaient à midi tous ensemble à l'école, et que le soir je les emmenais tous au restaurant. Nous nous sommes arrêtés parce que nous ne pouvions plus nourrir une cinquantaine de personnes tous les midis.
Je pourrais citer à l'infini les artistes qui ont réussi ces manifestations : Danielle Jacqui, Marthe Pellegrino, Danielle Le Bricquir, Cérès Franco, Alain Bourbonnais, Robert Tatin, etc. Ils ont tous donné le meilleur d'eux-mêmes.
JR. : Parlons maintenant de votre expérience de Lyon, avec la galerie Singul'Art ?
LC. : Ce lieu va fermer fin juin, parce que nous n'arrivons plus à joindre les deux bouts. L'Association continue, afin de bénéficier de l'impact que nous avons créé pendant trois ans. Nous gardons aussi quelques lieux d'expositions qui nous sont prêtés (mairies, églises, galeries, la Mac Pérouges, etc.). Chacun continuera son travail !
Entretien réalisé à la Maison de l'Art actuel, à Banne le 4 mai 2008.