DAN CASADO, peintre.

Entretien avec Jeanine Rivais.

(Dan Casado est espagnol, vivant en Espagne. Ses difficultés pour parler en français de son travail ont été telles que son épouse, Julia Sisi, elle-même exposante, a assuré la traduction).

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Jeanine Rivais : Pouvez-vous me dire comment vous définissez votre création ?

Dan Casado : Je pense que je peins des gens solitaires. Je peins des groupes, mais chacun y est seul.

 

JR. : Vous travaillez donc sur le thème pessimiste de la solitude ? J'ai remarqué que votre travail est très incisif, que votre pinceau a bien surligné chaque personnage. Et que vous avez des couleurs magnifiques, douces…

JS. : Le public trouve qu'en fait, tous les personnages lui ressemblent. Que ce sont des pierres…

 

JR. : Vous voulez dire des sculptures, comme celles de l'Ile de Pâques ?

JS. : Oui.

 

JR. : En fait, je crois que c'est la tête qui l'intéresse. Même quand ses personnages ont un corps, il n'est pas élaboré de la même façon. Tous ont une attitude très statique. Ils sont tellement hiératiques, qu'on les imagine très bien en trois dimensions. Il est évident que ce ne sont pas des personnages simples, sauf celui qui féminin. Cette femme semble la seule à jouer de son corps.

JS. : La femme est en général plus sensuelle.

 

JR. : C'est-à-dire que vous donnez une vie à la femme, et une stature à l'homme.

DC. : Je ne réfléchis pas à la construction.

 

JR. : Mais ici, il ne s'agit pas seulement de construction. Vous les surlignez tellement, comme nous l'avons évoqué a début, que vous leur donnez la connotation peut-être pas de surhommes, mais de gens n'appartenant en aucun cas au quotidien.

JS. : En fait, ce sont des groupes élitistes. Il trouve que ces personnages méritent vraiment d'être représentés.

 

JR. : C'est pourquoi hier, j'étais très surprise de trouver au milieu de ce cercle masculin, cette femme -qu'il a mise au milieu, d'ailleurs, ce qui n'est pas innocent- séduisante ; jouant de son corps, sensuelle… par opposition aux autres. Cette femme a beaucoup d'humanité, beaucoup de vie…

JS. : Elle peut être le complément de ces êtres inexpressifs ?

Il est toujours en recherche. Il n'est jamais satisfait de lui-même. Je le vois parfois presque souffrir parce qu'il ne trouve pas ce qu'il désire.

Le dessin commence de façon très libre, très gestuelle. Puis, il commence à " fermer "…

 

JR. : Mais ce doit être terrible de supprimer ainsi, toute liberté à son personnage ? L'amener à une structure aussi évidente.

JS. : Il veut l'extraire du papier, et puis le définir pour le voir.

 

JR. : Donc supprimer de sa création, toute sensation de liberté.

JS. : En fait, il n'a pas le sentiment de le priver de liberté, mais seulement la volonté de le définir.

 

JR. : Comment pensez-vous que vous rattachez ce travail à l'Art insolite ?

JS. : Il ne se sent pas du tout rattaché à l'art plus difficile à expliquer, comme l'Art conceptuel, etc. Il travaille surtout sur les sensations, les sentiments. Et s'il laisse librement sortir ses personnages, sa production est plus imaginative. C'est en ce sens qu'il se trouve bien ici.

 

JR. : Une question qui nous ramène à la première, où vous disiez que chacun de ses personnages est lui-même : N'est-ce pas effrayant d'avoir devant soi de multiples " soi " ?

DC. : Non, non, c'est la famille !!

Court entretien réalisé le 17 juin 2007, à Nottonville.

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