CORENTIN CARIOU CHARLES MICHELS

(1898-1942) (1903-1941)

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Deux enfants du Peuple, l'un breton, l'autre parisien, contraints par la pauvreté de leurs familles, à partir au travail à 13 ans. Deux vies d'adolescents vouées au militantisme. Deux existences d'hommes parallèles, que rien ne prédestine à la célébrité ! Ni même à se rencontrer, sauf peut-être à Moscou ... n'était que Charles Michels fait partie de la délégation officielle de 1929, Corentin Cariou de celle de 1933.

Par contre, ces deux êtres qui n'ont pu fréquenter l'école jusqu'au Certificat d'Etudes, manifestent la même volonté exemplaire de se hisser hors de leur milieu social ; une même intelligence et une science politico-syndicale remarquables.

Pendant que Corentin Cariou devient Secrétaire général CGTU du Gaz ; collabore au journal Les Gaziers de Paris ; crée la première école syndicale ; est élu en 1935 aux élections municipales mais se désiste en faveur d'un socialiste SFIO ; est réélu en 1938, mais déchu de son poste en 1940, pour appartenance au Parti Communiste ; Charles Michels est moniteur à la FSGT et, doué d'une certaine éloquence, harangue les ouvriers sur tous les lieux de grèves dures. Elu aux élections législatives de 1936, il devient membre de la Commission d'Hygiène, de la Commission de l'Algérie, des colonies et protectorats, où il effectue une tournée en 1937.

Septembre 1939, la guerre ! Corentin Cariou, considéré comme un danger potentiel, ne reçoit que le 23 décembre son ordre de mobilisation et... d'internement administratif au camp de Baillet, puis à la ferme Saint-Benoît. Il s'évade, se fait démobiliser à Lyon, revient à Paris où il est arrêté le 5 octobre 1940. Il est envoyé au Sanatorium d'Aincourt où sa participation à un "mouvement d'indiscipline" provoque son transfert à la Centrale de Poissy, puis au Centre Surveillé de Châteaubriant.

Charles Michels est mobilisé en septembre 1939. Il se rend le 9 janvier 1940 à la séance d'ouverture de la Chambre des Députés, où sa présence avec quelques compagnons, provoque une bagarre, leur expulsion et... sa déchéance du poste de député. Démobilisé le 20 juillet 1940, il organise des comités clandestins, s'apprête à passer lui-même dans la clandestinité quand il est arrêté. Interné à Aincourt, tranféré à la Centrale de Fontevrault puis de Clairvaux, il arrive en février 1941 au camp de Choisel à Châteaubriant.

Châteaubriant ! Charles Michels y prépare activement l'évasion de quatre autres détenus. Mais à la suite d'un attentat commis contre la Kommandantur de Nantes, il est le premier prisonnier du camp à être désigné comme otage et fusillé le 22 octobre 1941 avec 47 autres internés. Corentin Cariou, dans la "baraque des isolés" est informé de cette exécution !...

Il vient d'être transféré à Compiègne lorsque, à la suite d'un attentat commis rue de Tanger à Paris, contre une sentinelle, les Allemands décident de fusiller comme otages "vingt communistes et juifs". Corentin Cariou fait partie de la "sélection" : il est exécuté le 7 mars 1942.

Finalement, c'est dans la mort que les destins des deux hommes se rencontrent : le 1er novembre 1945, le Parti Communiste organise des obsèques solennelles pour ses élus de Paris victimes du nazisme. Corentin Cariou et Charles Michel reposent désormais côte à côte** dans une tombe du cimetière du Père Lachaise, près du Mur des Fédérés.

Jeanine Rivais.

** Avec eux, sont enterrés Jules Auffret, Léon Frot, Maurice Jardette, René Le Gall, Raymond Losserand.

un autre personnage célèbre