CLAUDE CABROL, sculpteur et peintre.

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Claude Cabrol, êtes-vous à Banne en tant qu'artiste Singulière ? Ou artiste contemporaine ?

Claude Cabrol : Je pense que je suis un peu entre les deux. Parce que je fais du travail contemporain, mais avec une connotation singulière ; puisque le mot existe, autant l'utiliser. En fait, je ne sais pas trop ! Je fais, je fais, sans me soucier des qualificatifs que l'on applique à mon travail. L'essentiel est que j'aie du plaisir à créer !

 

JR. : Certains de vos dessins sont des caricatures. Uniquement des têtes. Et des têtes qui pourraient, à la limite, figurer dans une bande dessinée ?

CC. : Peut-être. En tout cas, ce sont des personnages qui m'habitent. Que je porte en moi. Que je reproduis sans arrêt, sur des supports multiples. Mais des personnages récurrents. Que je suis obligée périodiquement d'exprimer, pour m'en débarrasser. En général, ils sont tordus ; parfois pathétiques ; d'autres fois en colère… Mais je les aime tous.

 

JR. : Taillés à coups de serpe, en tout cas. Donnant l'impression d'être jetés sur le support. Bien plus que vos personnages entiers, qu'ils soient peints ou dessinés. Ces derniers me semblant appartenir davantage au monde du conte ?

CC. : Oui. J'ai beaucoup travaillé avec des enfants. J'imagine donc que j'ai bénéficié de leur pureté, de leur esprit, de leurs découvertes, et de leur sensibilité. Je les remercie toujours parce que je porte en moi ces enfants que j'ai côtoyés pendant des années de ma vie. Et il est vrai que leur influence ressort dans les dessins, les couleurs surtout ; et les situations qui sont très simples, très quotidiennes. On va à la plage, on mange, on se promène…

 

JR. : Parfois, vos tableaux sont à mi-chemins entre vos personnages " jetés " et vos personnages " découpés " : d'autres sont dans une aventure tendre, avec des couleurs vives et lumineuses…

CC. : Ces personnages ont une histoire. Je leur parle en les faisant. Ils me touchent beaucoup parce que je ne suis pas " en dehors " d'eux. Au contraire, je suis en plein " dedans " avec mes mains, avec ma tête, avec mon cœur. Ce travail est très affectif.

 

JR. : C'est du bois ?

CC. : Oui. Mais j'en ai fait en terre, sculptés dans la masse, toujours un peu marginaux. Je les ai faits dessinés sur papiers, en tissu… en bois. Mais toujours, il me manquait une dimension lumière. C'est alors que je me suis tournée vers Dominique Chaboud qui est verrier et à qui j'ai exposé mon problème. Et ensemble, nous avons commencé " les Pépettes " en verre.

 

JR. : Qu'entendez-vous par " Pépettes en verre " ?

CC. : Nous avons entamé une collaboration. J'ai mis dans ces personnages ma sensibilité, ma fantaisie, mon humour, ma tendresse surtout. J'ai mis en place les formes, les couleurs, des détails parce que parfois ils sont seuls, en groupe, en duo… Et Dominique apporte sa compétence technique du fusing, qu'elle travaille depuis longtemps. Et qu'elle travaille ailleurs de façon tout à fait différente, puisque la couleur pour elle n'était pas nécessaire pour son travail du verre. Elle n'avait d'ailleurs même pas envie d'y mettre de la couleur. Mais moi, j'avais besoin de sa compétence, de son four, de sa technique… Les Pépettes ont donc deux mamans !

 

JR. : Et elles s'en arrangent bien ?

CC. : Tout à fait. Et nous les aimons toutes les deux !

 

JR. : Nous venons de voir que vous avez plusieurs formulations de votre travail. Si je vous demandais de le définir brièvement, que diriez-vous ?

CC. : Je dirais que je peins beaucoup plus avec les émotions et les sensations, qu'avec les règles et les modes. Que mon travail est spontané, s'appuyant uniquement sur mon ressenti comme je vous l'ai dit au début. Je profite de l'espace de liberté que me donnent la feuille, la toile ou le bois pour exprimer ce qui est en moi d'émotions, d'envies, de rêves... Et je voyage… Je voyage à travers mes tableaux.

Entretien réalisé à Banne le 2 mai 2008.

Voir aussi entretien avec DOMINIQUE CHABOUD verrier, pour le travail des sculptures en verre.

 

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