MARC BUISSON, sculpteur

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Marc Buisson, il me semble y avoir plusieurs étapes dans votre création : quelques œuvres sont extrêmement lisses ; d'autres moins ouvragés sont des clowns et suggèrent donc le rire : d'autres enfin sont des personnages qui semblent en grande souffrance. Comment associez-vous ces techniques et ces sentiments tellement disparates ?

Marc Buisson : J'essaie de travailler tous les sentiments forts : la poésie, le rêve…

 

JR. : Certains de vos personnages y entrent sans ambiguïté. D'autres appartiennent plutôt au monde banal. L'un d'eux me semble en train de s'égosiller : c'est un prédicateur ?

MB. : Non, c'est " L'Engueulade " : il y a toujours quelqu'un qui veut jouer au chef avec les autres !

 

JR. : Ce genre d'expression me semble très psychologique ? Tandis que je considère le jardinier avec son râteau…

MB. : C'est " Le jardinier des rêves ". Je suis jardinier, et je fais mon métier par passion. Je suis un jardinier des rêves.

 

JR. : Dans ce cas, nous sommes donc dans le domaine du symbole ?

MB. : Dans ce cas, oui.

 

JR. : Ailleurs, et pour entrer dans une note d'humour, se pose la question : deux personnages sont-ils lancés dans une expérience de télépathie ? Ou bien sont-ils tout simplement en train de mâcher du chewing-gum ?

MB. : Ce sont des amoureux !

 

JR. : Diriez-vous que, dans l'ensemble, vos oeuvres relèvent du conte ? Ou des petits détails du quotidien ?

MB. : Du conte. Et de l'anecdote. Des personnages que j'ai rencontrés dans ma vie, même depuis fort longtemps, parfois. De petits évènements qui m'ont marqué.

 

JR. : La plupart du temps, ils sont très réalistes. Mais vous en avez enfermé certains dans des petites cases. Et vous leur avez supprimé le bas du corps. Pourquoi ceux-là ont-ils subi un tel traitement ?

MB. : C'était pour remplir des cases. Et pour insister sur les expressions des visages.

 

JR. : Donc, le contenant a conditionné la présentation du contenu ?

MB. : Voilà. Il y a l'amoureuse, le musicien, etc.

 

JR. : Vous avez également fait s'exprimer des manifestants ?

MB. : Oui, il y a eu beaucoup de manifestations, ces derniers temps.

 

JR. : Ceux-là ne sont donc pas atemporels, comme les autres, ils nous ramènent à la réalité, voire à l'actualité ?

MB. : Oui. C'est cela.

 

JR. : L'un d'eux me semble un peu étranger à toute série ?

MB. : Oui. Il s'appelle " Napoléon ". C'était un vieux monsieur qui faisait la manche à Avignon, à l'époque où j'étais enfant. Il m'impressionnait beaucoup. J'ai voulu lui rendre hommage.

 

JR. : J'allais parler de mémoire.

MB. : Oui, c'est cela aussi.

 

JR. : Quand vous mettez tous vos personnages en scène, vous les placez en fonction de leur couleur, ou de leur sens ?

MB. : Souvent en fonction des couleurs qui expriment des sentiments proches. Par exemple, j'ai mis dans un coin tous les plus sombres…

 

JR. : A plusieurs reprises, j'ai vu des clowns : êtes-vous donc particulièrement concerné par le cirque ?

MB. : J'ai beaucoup travaillé pour le théâtre, pour le festival d'Avignon. Pendant des années, j'ai été machiniste. J'ai rencontré beaucoup de gens sur les scènes de théâtre.

 

JR. : Mais qui dit théâtre ne dit pas forcément clown. Et vos personnages ont des nez rouges, ce sont donc bien des clowns.

MB. : Oui, c'est toujours le côté poétique, la volonté de faire rire.

 

JR. : A diverses reprises, vous avez également réalisé des sortes de " couples " : celui qui est devant nous est un père et son enfant ?

MB. : Non, c'est " Le Sage ". C'est un personnage que j'ai inventé, avec sa femme sur l'épaule, son enfant dans le crible. Et une blessure, une déchirure au cœur.

 

JR. : Oui, je vois qu'il a " le cœur gros " !

MB. : Dans le même esprit, j'ai fait Jean Valjean qui s'échappe des égouts.

 

JR. : Ah oui ! " Le crible ", c'est l'égout ? Et pourquoi, l'une de vos œuvres se trouve-t-elle soudain sur un socle, alors qu'aucune des autres n'en avait ?

MB. : Parce qu'il m'arrive aussi de travailler à partir d'un objet que j'ai, par exemple trouvé aux Puces et qui m'inspire.

 

JR. : Mais alors, quelles qualités doit présenter cet objet pour que vous le récupériez et vous en serviez pour le travailler avec la terre ?

MB. : Avant tout qu'il ne soit pas cher. Qu'il soit un peu vieux. Et que je puisse le modifier afin, effectivement, de le combiner avec la terre.

 

JR. : Y a-t-il un sujet que vous auriez voulu aborder, et dont nous n'avons pas parlé ?

MB. : J'aurais aimé dire que je cherche souvent à travailler dans l'humour, comme avec mes manifestants…

 

JR. : Là, vous me prenez de court. J'ai bien vu la parodie de manif' réelle. Mais les visages sont tellement sérieux que je n'aurais pas pensé parler d'humour !

MB. : C'est peut-être ma banderole qui génère l'humour !

Cet entretien a été réalisé à BANNE, au Festival d'Art singulier, Art d'aujourd'hui ", le 17 juillet 2009.

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