EMMANUEL BROSSIER

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Emmanuel Brossier, voilà plusieurs années que je suis votre travail, à vous maintenant de le définir !

Emmanuel Brossier : Oh la la ! C'est dur ! Cécile aide-moi !

 

JR. : Pas question ! Cécile sera muette comme une tombe ! Je vous demande simplement ce que vous éprouvez lorsque vous peignez. Que vous apporte la peinture ?

EB. : Il y a l'envie de " dire ". Et puis, je pense que cela me renvoie à l'enfance : je travaille beaucoup sur le thème des animaux. Or, depuis l'enfance, ils m'ont toujours passionné. C'est donc une façon de transcrire autrement l'intérêt que je leur porte. Autrefois, je les observais, je les photographiais. Maintenant je les peins, c'est autre chose !

Et je crois que le style même de la peinture, me renvoie à l'enfance. Peut-être cela tient-il à un manque ressenti dans l'enfance ; un manque affectif. Peut-être ai-je besoin de combler ce manque ? Beaucoup de gens m'ont fait cette réflexion : ils trouvent mes toiles gaies, colorées, et ils pensent qu'il en va forcément de même pour moi. Mais ce n'est pas du tout évident. Je suis au contraire hyper angoissé. Mais cela ne se voit pas du tout dans mes peintures…

 

JR. : Peut-être sont-elles le côté lumineux né du côté sombre qui est en vous ?

EB. : Je ne sais pas. Ou peut-être est-ce parce que j'aimerais, justement, avoir en moi ce côté lumineux ? Puisque tel n'est pas le cas, la peinture me donne le plaisir de l'exprimer.

 

JR. : Je vois une œuvre - et c'est nouveau-, où le personnage crie !

EB. : Ce n'était pas volontaire. Je m'en suis aperçu seulement quand la toile a été finie. Elle est à part des autres. Elle renvoie autre chose, un peu de peur, d'effroi… quelque chose qui n'est pas forcément agréable, en tout cas !

 

JR. : Et nous sommes toujours dans l' " archi-plein " ?

EB. : Oui, toujours ! Je ne suis toujours pas capable de m'arrêter avant d'avoir " chargé " au maximum. Même parfois, quand je mets des formes architecturales, qui ne sont pas très " chargées ", si je les regarde, il faut toujours que j'ajoute quelque chose ! L'autre jour, lors de " Portes ouvertes ", quelqu'un est passé dans mon atelier, il a regardé toutes mes peintures, mais je pense qu'il les trouvait trop chargées. Or, j'en avais mis une qui n'était pas terminée, et que j'avais placée là pour que les visiteurs voient comment se construisent mes tableaux. Ce monsieur m'en a demandé le prix. Pour moi, il y a cinq ou six étapes dans la conception d'une toile. Or, dans celle-ci, les architectures ne comprenaient que des formes, sans les petits points, les animaux n'avaient pas les petits à l'intérieur des gros, c'était peut-être plus lisible au premier coup d'œil. Pour lui, c'était plus épuré, et c'était vraiment sur celui-là qu'il avait arrêté son regard. Mais je ne pouvais pas vendre quelque chose qui, pour moi n'est pas terminé. J'avais le sentiment de n'avoir pas terminé mon travail. Il m'a été impossible de lui vendre cette toile.

 

JR. : Vous avez commencé une série de petites sculptures très découpées. Qui ont l'air d'avoir été retirées d'un tableau, pour vivre leur vie toutes seules ?

EB. : Oui. En plus, ce que j'aime bien sur les formes découpées, c'est qu'elles se découpent plus facilement que sur le tableau. En effet, sur le tableau, avec le contour l'animal ne se détache pas forcément du reste.

Ce qui me plaît, c'est que cela change se support. Et puis, j'ai l'impression de les finir en très peu de temps, alors que les toiles sont très longues à réaliser.

 

JR. : Comment vous rattachez-vous à l'Art insolite ?

EB. : Je me sens à l'aise. Je suis vraiment heureux de me retrouver avec des gens avec qui j'ai des affinités de travail. Au niveau de la couleur, du fait de " charger " les œuvres, de la gaieté des œuvres… il y a beaucoup de liens entre nous. Je me sens bien ici. Et puis, il y a des artistes qui font l'inverse de ce que je fais, assez épurées, linéaires, et paradoxalement que j'aime bien. Ou encore, je suis épaté de voir ce que les artistes d'Art-Récup peuvent faire avec si peu de matériaux ! Je sais que je serais incapable de réaliser leurs œuvres. Pour moi, il faut que le visiteur se rende compte qu'il y a un très long temps passé dessus. Ce qui est idiot, parce qu'un travail gestuel peut être aussi très intéressant.

Court entretien réalisé le 17 juin 2007, à Nottonville.

Un autre compte-rendu de festival

 un autre artiste

 

 

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