MONIQUE BOURGUIGNON, peintre

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Monique Bourguignon, pensez-vous être à Banne en tant qu'artiste Singulière ? Ou artiste contemporaine ? Et pourquoi ?

Monique Bourguignon : Singulière ! Je trouve que cela se voit sur mes murs ! Je vois bien que je ne peins pas comme les autres. Je recherche des objets dans la nature. J'ai des démarches bizarroïdes que n'ont pas mes amies !

Et vous, que pensez-vous de mon travail ?

 

JR. : Je réponds bien sûr " Singulière ", mais pour moi, c'est une question d'état d'esprit : c'est donc à l'artiste de se définir. Etes-vous autodidacte ? Ou avez-vous fréquenté des écoles d'art ?

MB. : Je suis autodidacte. Je peins depuis l'âge de 18 ans, avec quelques interruptions. Mais les sujets classiques ne m'ont jamais attirée ! Pas de bouquets de fleurs !

 

JR. : Ni " la dictature de l'ocre ", comme disait Danielle Jacqui ; puisque vous êtes du Midi !

MB. : Non ! Non ! Des sujets d'imagination !

 

JR. : Vous êtes donc créatrice d'Art-Récup'. Que récupérez-vous ?

MB. : Je ne cherche pas ! J'aime la rencontre avec l'objet. Je ne me promène jamais " pour " récupérer. Mais il n'est pas rare que cela se produise. Je trouve miraculeux de trouver un objet en me demandant à quoi il pourra servir, et puis un jour d'en trouver un autre et de les associer. Il arrive même que des encoches se correspondent parfaitement. Comme si, dans le temps et dans l'espace, elles avaient été faites l'une pour l'autre ! Cette démarche me plaît : du bois, de la pierre, etc.

 

JR. : Quand vous trouvez quelque chose, vous n'intervenez donc pas sur son aspect ?

MB. : Non. En tout cas, pas souvent. Je laisse la matière telle que je l'ai trouvée.

 

JR. : Vous êtes, dans votre travail, à la recherche de l'être humain : homme et femme, homme ou femme… mais être humain.

MB. : Oui. Je suis toujours dans les personnages, les têtes… Je me demande souvent pourquoi. Mais je ne sais pas ce qui m'habite ? D'où sort ce goût pour les têtes et les jambes !

 

JR. : Je peux donc conclure de ce que vous venez de dire, que la variété de vos trouvailles explique que certains personnages soient longilignes, d'autres rondelets, etc.

MB. : Voilà ! Bizarroïdes, parfois. Souvent, même. D'autant que je me sers aussi de boîtes que me fournit mon poissonnier !

 

JR. : Pour certains, vous avez ajouté une veste, des poils. Pour d'autres, vous avez carrément le corps/vêtement : vous êtes donc tout de même intervenue sur ceux-là ?

MB. : Oui, sauf qu'ils étaient déjà marqués et tatoués. Bien sûr, je fais cela lorsque j'ai le sentiment qu'il manque quelque chose pour que le personnage soit complet.

 

JR. : Quels caractères doivent présenter deux éléments pour que vous éprouviez le besoin de les unir ?

MB. : Cela m'est spontanément évident. J'ai deux objets parmi des tas d'autres choses, de petits objets, et je sais exactement où je vais trouver ceux dont j'ai besoin.

 

JR. : Vous avez donc une " bordille " ?

MB. : Oui, en effet.

 

JR. : Je suis très fière de connaître ce mot que j'avais appris lorsque j'étais allée visiter celle de Raymond Reynaud avant de réaliser notre entretien. Il y a bien longtemps, maintenant !

MB. : Mais, contrairement à des amis, je ne " fais pas les décharges ". J'aime la rencontre. Et si, pendant un moment je ne " rencontre " rien, alors je ne crée pas ! Pour moi, rencontrer des objets, c'est comme rencontrer une amie sur le bord du chemin. C'est ainsi que je fonctionne ! Vous connaissez Pons aussi, et toutes les trouvailles qu'il a pu ramasser dans sa vie ?

 

JR. : Je connais son travail, et il est l'un des rares récupérateurs à savoir génialement réutiliser les objets qu'il a glanés !

MB. : Il est surprenant de constater, en effet, la multitude d'objets qu'il réutilise sur chacun de ses tableaux !

 

JR. : Oui, et il a une façon de peindre par-dessus ces objets que je trouve vraiment magnifique !

MB. : Je vois que vous l'aimez aussi !

 

JR. : Oui, en effet. Mais revenons-en à vos peintures. Vous avez des personnages colorés, des têtes/fleurs, de petits galets… Et les étoupes que vous utilisez…

MB. : Je les trouve sur des troncs de palmiers !

 

JR. : Je n'ai pas pensé une seconde qu'ils soient d'origine végétale !

Si vous deviez définir votre travail, que donneriez-vous comme définition ?

MB. : J'ai l'impression de rechercher le personnage idéal, dans tout ce que je fais !

 

JR. : Qu'entendez-vous par " personnage idéal ", puisque vous avez des hommes et des femmes dans votre création ?

MB. : Je ne dirai pas " des hommes et des femmes " : je dirai " des personnages ". Quand je les fais, je ne pose pas la question. Dans ma tête, c'est la même chose !

 

JR. : Vos personnages sont donc asexués, en plus d'être atemporels, hors de toute définition géographique, sociale, etc… ? De plus, vous les posez toujours sur des non/fonds. Vous vous bornez seulement à les installer sur des couleurs qui vont les faire ressortir.

MB. : C'est cela ! Parfois, le fond est tacheté, mais en général il est tout simple…

Par contre, dans les dernières œuvres, au lieu d'employer des objets trouvés, j'ai utilisé de la terre que j'ai aplatie avec un rouleau à pâtisserie. Et j'ai bien envie de recommencer ! Cela m'a beaucoup changée, parce que, par moments, je suis un peu lasse de reproduire toujours le même scénario !

 

JR. : D'autant que cela doit être frustrant d'être soumise au côté aléatoire de ces trouvailles !

MB. : Cette terre est, en tout cas, une parenthèse que j'ai ouverte, et dont j'ignore si et quand je la refermerai !

Entretien réalisé à Banne le 1er mai 2008.

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