8eme FESTIVAL ART SINGULIER-ART D'AUJOURD'HUI.
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Pour
la huitième fois, le petit village de Banne, dans
l'Ardèche, perché sur sa colline, va, juillet revenu,
perdre son anonymat ! Nombreux comme chaque année à
désirer se plonger dans l'ambiance "singulière" de son
festival, des artistes vont de nouveau rompre son calme et sa
sérénité, et envahir de leurs uvres
multiformes, des lieux devenus soudain bourdonnants d'activité
!
Après le traditionnel vernissage où nombre d'exposants respectent la consigne de réaliser des chapeaux " originaux ", le visiteur peut, tour à tour, entrer de plain-pied dans les Ecuries ; se nicher dans l'intimité de la Grotte du Roure ; escalader un escalier pittoresque pour parvenir à la confidentialité de la Maison de la Cheminée
Quant à la qualité de
cette énorme exposition, elle est chaque fois
indéniable, haute en couleurs, attestant de la
diversité des imaginaires et de la créativité
des participants. Une belle manifestation, organisée par
Marthe Pellegrino, fondatrice de ce festival ; que vient enrichir un
magnifique catalogue en couleurs dans
lequel
chaque artiste dispose d'une page.
OU EN EST L'ART SINGULIER?
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D'abord il y eut l'" Art brut ", mot
créé par Jean Dubuffet pour désigner l'Art
asilaire qu'il collectionnait avec la plus vive curiosité. Ce
faisant, il amorçait une ère où entraient en
scène des autodidactes jusque-là oubliés
derrière les murs de leurs asiles, en milieu carcéral,
ou seuls au fond de leur jardin, moqués,
méprisés, considérés comme des fous,
à tout le moins des marginaux. Ces gens-là sculptaient
tout ce qui leur tombait sous la main ; peignaient sur les plus
invraisemblables supports ; collaient mies de pain, papiers et
épluchures ; composaient poèmes ou pictogrammes
se souciaient comme d'une guigne des réactions qu'ils
suscitaient
créaient simplement pour souffrir moins ;
oublier leur solitude ; sans conscience ni volonté
d'être considérés comme, ou de devenir des
artistes. Sans désir, surtout, de vendre ces uvres qui
embellissaient leur vie, et le cadre dans lequel elle se
déroulait. Et soudain, leurs productions furent reconnues,
encensées, exposées, muséifiées
même ! Et tandis que ces créateurs anonymes qui
s'étaient mis à l'ouvrage en toute ignorance du monde
extérieur, demeuraient en leurs huis clos, leurs uvres
devenaient un art à part entière et prenaient la clef
des champs. En même temps, Jean Dubuffet, interdisant aux
autres, l'emploi du terme " Art brut , déclenchait une
véritable déferlante de néologismes (L'Art
immédiat ; les Friches de l'Art, La Création franche,
l'Art cru, l'art intuitif, l'Art spontané, l'Art
médiumnique, l'Art du bord des routes, l'Art insitic
(inné), l'Art différencié, l'Art en marche,
l'Art en marge
) Néologismes sortis de l'imaginaire de
gens concernés par ces créations étranges ; et
qui, finalement, s'inscrivaient toutes dans une même
démarche solitaire, un
même
esprit riche, foisonnant, protéiforme ; s'intégrant au
fil du temps à une mouvance qui, après l'Art
hors-les-Normes d'Alain Bourbonnais, et les Singuliers de l'art,
allait constituer l'Art Singulier.
Mais, rétorque-t-on souvent, tout art ne doit-il pas être singulier ? Bien sûr que si ! Mais dans le cas de l'Art Singulier, il y fallait des majuscules, car sa connotation si particulière, tellement spécifique désignait outre l'originalité et le talent autodidactes, des créations situées dans une absolue marginalité.
Plus d'un demi-siècle s'est
écoulé. Le terme " Art brut " qui aurait dû
demeurer entre les murs du musée de Lausanne, n'en finit pas
de courir le monde. Dans le même temps, que s'est-il
passé dans le microcosme
de
l'Art Singulier ? En sont devenus partie prenante, nombre de gens
formés par les Beaux-Arts, soucieux de se libérer des
carcans, et sincèrement désireux de trouver dans cette
marginalité, une fraternité, une convivialité
qu'ils ne trouvaient nulle part ailleurs. Quoi qu'il en soit, fini la
seule création autodidacte ! Une nouvelle vague était
née, qui traversa plusieurs décennies. Mais ces
nouveaux venus non plus " indemnes de culture artistique "**
mais possédant souvent de solides connaissances,
étaient trop remuants pour rester dans le monde
réservé où étaient cantonnés leurs
prédécesseurs. La mouvance Singulière grandit de
façon tentaculaire, conservant encore, heureusement, beaucoup
de fraîcheur et de sincérité. Et puis,
très vite, elle commença à
essaimer
Aujourd'hui, l'Art Singulier, porteur de tant de richesses, de fantasmes et de formes tellement inattendues, continue à susciter surprise et émotion. Mais il s'exprime désormais dans un champ aussi large et diversifié que l'Art contemporain. Souvent côte à côte avec lui, d'ailleurs. Dans ces conditions, il reste à se demander combien de temps il résistera au chant des sirènes, et préservera sa si passionnante hors-normalité ?
Jeanine Rivais.
** Jean Dubuffet.
FESTIVAL DE BANNE 2006 : ART SINGULIER, ART D'AUJOURD'HUI.
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Lorsque
Jean Dubuffet décidait d'appeler " Art brut " et de faire
reconnaître comme un art à part entière des
dessins, collages, peintures, sculptures
réalisés
dans le secret asilaire ou carcéral, dans l'anonymat de
jardins de campagne
envisageait-il la vague d'étonnement
et d'enthousiasme qui s'ensuivrait ? Lorsqu'il décidait de
muséifier les uvres de ces créateurs toujours
coupés du monde, pensait-il susciter autant
d'intérêt ? Et lorsqu'il interdisait l'emploi du terme "
Art brut " pour toutes les uvres autres que celles de sa
collection, imaginait-il le nombre infini de vocables qu'il allait
générer ?
Toujours est-il que, refusée par la France et implantée à Lausanne, la Collection de l'Art brut et la Neuve Invention devint le lieu de référence de cette frange de créations qui avaient suscité l'admiration sans retenue de Max Ernst, Paul Klee, Kubin, Breton, Aragon, etc. Dans son orbe, fleurirent de nouveaux musées (La Fabuloserie, L'Aracine, le Site devenu Musée de la Création Franche, l'Art en Marche ) ; se développèrent des revues (Gazogène, l'Amateur, Les friches de l'Art, Regard surtout le Bulletin de l'Association les Amis de François Ozenda, qui pendant trente-cinq ans fut le témoin fidèle et sans exclusive de cette aventure). Et puis, à partir de 1990, naquirent des festivals créés par des artistes soucieux de grouper autour d'eux des gens d'un même esprit, mais à la création multiforme : Festival de Roquevaire, d'abord, sous la houlette de Danielle Jacqui Celle qui peint. Puis celui de Praz-sur-Arly où Louis Chabaud mobilisa le village entier pour créer autour des artistes invités, un puissant climat de convivialité. Enfin, il y eut Banne où Marthe Pellegrino et son complice, Jean-Claude Crégut, maire, décidèrent d'implanter annuellement un Festival d'Art Singulier.
Situé en Ardèche, Banne, joli village accroché au flanc d'une colline, a de tous temps eu vocation touristique. Il s'agissait donc de changer cette vocation, donner aux Ecuries qui dominent un paysage grandiose, à la Grotte, à la Maison de la Cheminée, etc., mission de transformer une simple promenade en périple jalonné de surprises, interrogations, voire admirations. Finalement, une telle décision convenait très bien à cette région puisque, à quelques kilomètres de là, Candide et son Petit Musée du Bizarre, avaient depuis plusieurs décennies, introduit dans la région, la plus primitive Singularité.
Praz-sur-Arly passé au chapitre des regrets, Roquevaire ayant choisi d'autres orientations, Banne se retrouva seul, et prit activement le relais : en quelques années, la demande s'accrut dans de telles proportions, qu'il fallut à Marthe Pellegrino déployer des trésors d'imagination pour canaliser ce flux. Il faut dire que, de prime abord, elle prit très au sérieux son rôle de prospectrice et de promotrice de l'Art Singulier. Depuis, chaque manifestation conforte sa réputation de découvreuse, où elle invite une importante proportion de " nouveaux ", souvent de complets inconnus, d'autres dont c'est la première exposition, etc. Et "Banne " étend désormais sa renommée bien loin de sa colline originelle !
Par ailleurs, consciente depuis le début du danger pour un festival, de s'enfermer dans des chapelles, Marthe Pellegrino a depuis l'origine, adjoint aux Singuliers, quelques exposants dont la création plus raisonnée, moins viscérale, les rattache davantage à l'Art contemporain qu'à la mouvance hors-les-normes. Cette année, elle a officialisé cette mixité en augmentant le nombre d'éléments " extérieurs " et en changeant la dénomination de son festival devenu " Art Singulier, Art d'aujourd'hui ".
Quel impact aura ce choix sur l'avenir
et l'exemplarité de cette exposition ? L'Art Singulier
désormais présenté en toute
contemporanéité, saura-t-il conserver son
originalité, sa marginalité ? Cette décision
constitue-t-elle une précaution face à un
possible
détournement de sens et d'esprit ? Ou bien s'agit-il
simplement de passion, de goût du risque ? Qui sait ?
Souhaitons, en tout cas, que cette conjonction de deux tendances qui,
jusque-là s'ignoraient, ne modifie pas trop la tonalité
du festival. Et que subsistent longtemps encore les symphonies de
couleurs éclatantes et le " dit " si chaleureux et puissamment
psychologique, qui caractérisent la mouvance
singulière.
Jeanine Rivais.
Renseignements : 04.75.39.87.18.
Du 16 au 23 juillet 2006.
Vernissage dimanche 16 juillet, à partir de 10h.
Photos 1 à 4 : Jeanine Rivais.
Photo 6 : Thomas Joseph