HUITIEME FESTIVAL DE BANNE: JUILLET 2006.

DISCOURS INAUGURAUX

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Le vernissage est déclaré ouvert par la Présidente du festival, Marthe Pellegrino qui, avec sa verve habituelle, harangue les spectateurs venus nombreux, et sachant bien " ce qui les attend " : Solennellement, elle les prévient : " Je vous préviens que ça va être un peu long (Rires). Mais vous avez l'habitude ! "

" L'inauguration du Festival d'Art singulier de Banne, village de caractère en Ardèche méridionale, est désormais un moment incontournable pour les amateurs d'art et de découverte, et toujours un temps fort de bonheur et d'émotion pour tous les acteurs de cette grande manifestation culturelle. Nous avons eu cette année une avant-première avec le VIIe Festival qui a eu lieu durant le long week-end de l'Ascension. Ce coup d'essai fut un coup de maître ! Et cette édition de juillet est un long bonheur. Je constate d'ailleurs que des artistes des éditions précédentes sont parmi nous aujourd'hui, ce qui est une preuve de cette ambiance indéfinissable et du lien entre les artistes " qui font Banne ", selon la formule désormais consacrée. La spécificité de ce VIIIe festival est la présence d'un groupe d'artistes du Puls'Art du Mans. Il est probable que cette initiative sera critiquée ; mais je pense qu'en matière d'art et de culture, il faut ouvrir les portes. Et le festival de Banne a cette réputation qui me plaît, de partage et d'ouverture sur le monde. Par nature, et surtout en matière d'art, je n'aime pas figer les choses et mettre des étiquettes. Et puis, ce n'est plus un secret pour personne, j'aime bousculer les habitudes, et déranger la norme. Quitte à me répéter, je pense qu'en matière culturelle, il faut avoir de l'audace, et que dans l'audace, on est souvent juste. Croyez-moi, pour organiser et continuer ce festival à Banne en Ardèche, et pousser l'audace jusqu'à en faire deux par an, inviter des artistes très en marge de l'Art singulier, il faut vraiment en avoir, de l'audace, évidemment ! La concentration de toutes ces œuvres, donne lieu à des échos inattendus. De la rencontre de tous ces univers artistiques, naissent des résonances inédites. C'est un festival riche de ses différences, la parfaite illustration de la véritable diversité culturelle. Le Mans, 200 000 habitants, mégapole de la Sarthe ; Banne, 650 habitants, petit village de l'Ardèche : que peuvent avoir en commun ces deux lieux ? Une manifestation de plus en plus prisée d'un public amateur ; et des artistes dont la convivialité et la qualité sont des valeurs essentielles pour Lucien Ruimy et moi-même, deux profs de maths qui s'entendent à faire surgir l'art là où on ne l'attend pas ! Sans oublier les deux maires, Jean-Claude Boulard et Jean-Claude Crégut qui croient au développement culturel, au rayonnement et au dynamisme de leurs communes. Une rencontre, un échange, une complicité se sont créés entre ces deux communes qu'au départ tout sépare. Et cela, nous le devons à l'art.

Comme vous le savez, il me plaît de citer André Malraux, Ministre de la Culture dans les années 60 : " La culture n'est jamais un héritage. Elle est toujours une conquête ". Et il est bon de rappeler l'incessant travail de Jean-Claude Crégut, mon mari de maire, pour que ce petit village d'Ardèche devienne une place forte de la culture. Que d'énergie déployée ! Que de satisfactions pour la réussite et la renommée de Banne ! Mais aussi, que de déceptions parfois ! Je vous laisse imaginer ce qui se cache derrière ce " parfois " ! La culture doit être partagée par le plus grand nombre et c'est un facteur majeur de qualité de vie. Ce festival suscite des vocations, ouvre des pistes pour la création, et nourrit des légendes. Ce festival est une chance pour Banne ; aussi vrai que Banne est une chance pour ce festival. La culture vivante de proximité enrichit de manière importante l'identité culturelle de la région, au demeurant déjà forte grâce à son patrimoine architectural. La cerise sur le gâteau, c'est d'avoir osé et réussi le mariage des deux : patrimoine et culture vivante. Le public et les artistes ne s'y trompent pas.

Cette expérience humaine restera pour nous un grand bonheur, même si nous connaissons dans notre action, des déceptions. Je vais encore me répéter, mais j'ai tellement le sentiment de ne pas être toujours entendue ! La culture est un des éléments essentiels du lien social, et l'ultime moyen d'expression des opprimés. Là où la culture n'entre pas, ou de moins en moins, c'est le lien social qui s'effrite. Et donc, la convivialité. L'ouverture sur la culture vivante est une position d'intégration des citoyens à la vie. Dès lors, s'employer à en faciliter l'accès au plus grand nombre, revient à faire preuve de réalisme civique, indispensable à l'harmonie. Et il n'est pas de culture de proximité possible, sans le monde associatif, qui a un rôle de créateur, autant que de diffuseur. Par ailleurs, le lien entre la culture et le tourisme, me semble évident. Et le public et les artistes trouvent à Banne un écrin des plus valorisants.

Aurons-nous le moyen de réaliser l'un de nos objectifs vieux de plusieurs années ? Avoir une vraie salle d'expositions bien aménagée, pour pouvoir y réaliser des expositions mieux présentées, et qui pourraient être ouvertes pour une plus longue durée. La subvention départementale qui devait arriver et qui aurait permis de commencer cette réalisation dès 2006, n'est pas accordée, et les 40% restants sont trop importants pour le budget d'une petite commune. Alors, peut-être faudra-t-il attendre 2007 ? Et puis qui sait, 2008 ! Et ce rêve qui commençait à prendre forme dans nos têtes et dans nos cœurs, est à nouveau une utopie !

Je remercie tous les acteurs de ce festival, en particulier les artistes. Merci à Tom Joseph, le graphiste qui a effectué un travail remarquable, en particulier avec le catalogue ; merci à Claire Chamoreau qui nous a permis de réaliser la superbe affiche du VIIIe Festival. Un remerciement particulier à mon mari de maire qui supporte au quotidien la passion de sa femme paraît-il singulière, et certainement un peu fada. Il me reproche souvent de m'occuper plus des artistes que de lui. Mais je peux lui rétorquer que son engagement en tant que maire qui dure depuis dix-huit ans, a été certainement pire ! Et puis, c'est lui qui m'a mis le pied à l'étrier. Et il me connaît bien, il sait que je ne sais pas faire dans la demi-mesure, ce serait plutôt dans la démesure. Alors, mon Chéri, il faut assumer !

Avant de conclure, je fais un seul appel : ne partez pas sans passer à la boutique pour acheter le fabuleux, extraordinaire, sublime catalogue de Bann'Art 2006.A voir, à lire… Et à réfléchir. Je recommande même, pour l'avoir expérimenté, de l'acheter pour l'offrir à vos amis, à la place de la traditionnelle bouteille. En plus de faire une magnifique acquisition, ce sera soutenir ce festival. Et même si la vente de catalogues a bien fonctionné pour le Festival de mai, le budget est encore loin d'être bouclé, et il n'est pas question que je me déguise en Calamity Jane pour aller braquer la poste. De toutes façons, elle sera fermée à la fin de l'année. Et puis, le temps de parvenir aux Urgences, je n'ai pas envie de passer l'arme à gauche, bien que ce concept me plaise beaucoup ! Les services publics en milieu rural, cela se paie ! Espérons qu'il n'en ira pas de même avec la culture vivante et accessible à tous ! Dans ce monde de conflit, les hommes contre les hommes, la nature contre les hommes, le Festival de Banne apparaît comme un havre de paix et de ressourcement. Il permet de mettre l'art à la portée de tous, en s'intéressant non seulement aux artistes, mais aussi au public avec lequel s'engage une réflexion, qui aboutit à un échange, et c'est une merveilleuse et enrichissante aventure humaine !

 

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DISCOURS DE JEAN-CLAUDE CREGUT, MAIRE DE BANNE.

C'est avec le plus grand plaisir que je vous accueille à Banne. Nous avons la chance d'avoir parmi nous trois conseillers généraux dont un qui est sénateur et l'autre qui est responsable de la culture en Ardèche. Nous sommes donc dans la salle dite des Ecuries. Il s'agit en fait des écuries du Château qui a été détruit en 1792. Donc après la Révolution française. Après la Révolution de 1789 qui fut essentiellement parisienne, il y a eu beaucoup de troubles en province, et particulièrement ici, dans le sud de l'Ardèche. Révolutionnaires et contre-révolutionnaires se battaient. Entre eux se battaient catholiques et protestants. La région était proche de la guerre civile, ce qui a amené la Constituante à décider, pour ramener la paix, de faire un exemple : quoi de plus grand comme exemple, que de détruire ce château, symbole de l'arbitraire et du despotisme ? En général, les monuments ont été préservés au titre du patrimoine, mais à Banne, nous n'avons pas eu de chance, il a été détruit en 1792. Un ingénieur avait même été nommé, afin de le détruire méthodiquement. Comme cela arrive souvent par manque de crédits, les ouvriers n'étant plus payés, la démolition s'est arrêtée. Ainsi a-t-on pu sauver les écuries.

Ce manque de crédits m'offre une habile transition pour en venir au projet dont Marthe a parlé, en faisant beaucoup d'erreurs, d'ailleurs, puisque le Conseil général n'a pas " refusé de nous soutenir " ; mais nous avons épuisé tous nos crédits 2006, concernant le mobilier communal, Parce que nous sommes très demandeurs. Le projet est donc reporté à 2007. Et je demande aux trois Conseillers généraux de soutenir nos projets, afin qu'ils deviennent effectifs début 2007. Il faut dire que nous avons obtenu les subventions les plus difficiles à obtenir, l'Europe, et l'Etat. Donc actuellement, nous disposons de 60% de subventions sur ce projet ; mais la part communale reste beaucoup trop élevée car nous avons besoin également d'argent pour d'autres investissements. Nous avons donc besoin de 25000 euros. C'est peu pour le département, et cela nous aiderait grandement.

Notre projet consiste en l'aménagement d'un lieu d'expositions dans un immeuble communal qui est vide. Ce projet fait suite à l'inscription de la commune dans le cadre du développement culturel en milieu rural. Ce développement culturel a pour but d'éviter l'exclusion en matière d'arts plastiques. Pour visiter de nombreuses expositions, nous constatons qu'il s'agit presque toujours d'Art conceptuel prôné par le Département. C'est regrettable, parce que ce genre d'expositions s'adresse à un public extrêmement restreint. C'est un art élitiste. Ce public-là n'a pas besoin ou n'a pas de problèmes particuliers d'accès à la culture. Nous voulons rencontrer l'autre public, celui qui n'a pas autant de chance. Notre projet irait donc à l'encontre de la politique culturelle pratiquée par le Département en général.

J'aimerais aussi que la réalisation de ce projet serve de levier au développement local. Banne est labellisé " village de caractère " depuis 1998. Cela nous permet de nous différencier des 330 autres communes de l'Ardèche ; mais nous avons besoin d'une image identitaire forte, pour nous démarquer des 15 autres communes qui sont également labellisées " villages de caractère ". Nous pourrions trouver notre image identitaire grâce à cette manifestation d' " Art singulier ", d' " Art actuel " ou " Art d'aujourd'hui ", comme on veut le définir.

Je remercie Marthe, qui porte ce festival à bout de bras, avec beaucoup de passion, même si elle est souvent très envahissante ! Je remercie aussi les artistes, parce qu'ils nous apportent beaucoup de rêve. Et en ce lendemain de 14 juillet, je pense que la devise républicaine " Liberté, Egalité, Fraternité " prend tout son sens ici, à Banne. Merci à tous, et je vais passer la parole à Raoul L'Herminier, qui est responsable de la Culture en Ardèche.

 

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INTERVENTION DE RAOUL L'HERMINIER, CONSEILLER CULTUREL ET CONSEILLER GENERAL D'ARDECHE.

Bonjour. Je suis heureux d'être ici où je suis déjà venu plusieurs fois, il y a quelques années déjà.

Responsable de la culture, je veux dire deux ou trois choses qui me semblent importantes. Quand on nous affirme que nous finançons l'Art conceptuel en particulier, je réponds que malheureusement, à en juger par les enveloppes que nous distribuons, nous ne finançons pas beaucoup l'Art plastique. Mais la démarche du Département en matière d'art, puisque c'est une question très importante, n'a jamais été étudiée. Je vous promets que ce sera fait avant la fin de l'année. Et il y aura un livret qui expliquera la politique départementale en matière culturelle.

Rapidement : Pour nous, l'art, au niveau du Département, ce sont trois axes forts qui sont : l'enseignement artistique, parce que l'avenir appartient aussi à cet enseignement ; la diffusion culturelle, et la création. Et là, nous pouvons être sûrs que le pari que vous avez lancé sur Banne sera gagné ; et que nous verrons des artistes venir créer à Banne. Voilà à peu près les pôles vers lesquels nous avons envie d'aller, et sur lesquels nous allons travailler.

Maintenant, il faut savoir qu'il y a aussi une autre alternative qui est importante, parce que je pense que la commune de Banne aura beaucoup de mal à porter toute seule son projet ambitieux. Il serait bien que les communes alentour s'y rattachent. Je prendrai un exemple, puisque nous avons lancé récemment le réseau " Art Nature ". A Dignes les Bains, existe un Centre d'Art contemporain, recevant en résidences, et faisant de la médiation culturelle. La commune a 16000 habitants. Ici, le bassin fait également 16000 habitants. Je pense qu'il y a là un axe de travail : choisir les communes qui peuvent travailler ensemble. Pourquoi serions-nous plus pauvres que les autres ? Surtout quand nous savons qui habite le Sud Ardèche ; qui la fréquente. Quand nous donnons un concert, les artistes posent souvent la question : Mais d'où vient le public ? Parce qu'ici, il n'y a rien, il n'y a personne, il n'y a pas de maisons. Or, il y a 200 ou 300 personnes dans la salle ! Il faut voir ces gros villages qui ne comprennent pas, qui ne bougent pas. Je crois donc qu'il y a là une piste à creuser. Et c'est pourquoi, Jean-Claude, je suis prêt à la creuser avec toi. En cas d'intercommunalité, tu peux t'appuyer sur un principe simple : l'Etat a enfin donné, récemment, une compétence culturelle aux communes. Travaillons donc ensemble, sur une compétence intercommunale en matière culturelle ! Le problème qui revient toujours est de faire des économies : Je ne vois pas comment l'on peut faire des économies sans culture !

Là-dessus, je vais redonner la parole au Maire. (Lequel la passe à M. Michel Tesson, Sénateur d'Ardèche, en rappelant qu'il a été un excellent Président du Conseil général jusqu'à il y a peu de temps).

 

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MICHEL TESSON, SENATEUR D'ARDECHE.

 

Mesdames, Messieurs,

J'ai grand plaisir, comme les années précédentes, à être parmi vous, pour cette Edition 2006 du Festival de Banne. Ce Festival me paraît très intéressant. Et je vais essayer d'exposer brièvement, les trois intérêts que je lui trouve.

Premier intérêt : Il est organisé dans une commune, Banne, qui possède un patrimoine bâti de qualité exceptionnelle ; et qui a été une des premières communes ardéchoises à s'engager dans la démarche des villages de caractère, initiée par le Conseil général de l'Ardèche. Sur la quarantaine de communes qui remplissent potentiellement les conditions pour être " Villages de caractère ", treize sont labellisées par le Conseil général, dont la commune de Banne.

Deuxième intérêt : Ce Festival tient à sa nature propre, c'est-à-dire à l'Art singulier qui, effectivement se caractérise par un jaillissement d'expressions et d'inventions. Devant sa fonction d'invention, l'Art singulier a ceci d'original et de fondamental qu'il permet de s'affranchir des normes, de s'affranchir des carcans référentiels. C'est une sorte de pied de nez à l'ordre souvent établi dans le domaine culturel. A toutes les questions posées au sujet de cette forme d'art, la réponse est souvent, très souvent la même, c'est-à-dire qu'il est particulièrement essentiel de laisser la création s'exprimer librement, même si elle perturbe, même si elle dérange.

Troisième intérêt : Ce Festival permet de diversifier l'offre culturelle sur le territoire ardéchois, en direction non seulement des habitants permanents, des résidents secondaires, mais aussi de nombre de visiteurs qui nous font l'honneur et le plaisir de venir à Banne.

Pour que fonctionnent ces trois centres d'intérêt, il faut que soient réunies deux conditions : La première est de pouvoir toucher un maximum de citoyens et ce, dans la variété très large de diverses formes d'expressions culturelles. Le deuxième objectif est de faire apparaître un certain nombre de repères, et de références artistiques dans le domaine culturel. J'affirme que l'on peut dire sans se tromper, que le Festival d'Art singulier de Banne réunit ces deux conditions. C'est la raison pour laquelle, Marthe, même si tu souhaiterais que le Conseil général fasse beaucoup plus -peut-être le fera-t-il ?- je suis convaincu, pour avoir toujours accompagné ce Festival, que mon successeur et ceux qui l'entourent continueront à le soutenir, comme il se doit.

Alors, en conclusion, je veux te féliciter, toI, Marthe et toute l'équipe qui t'entoure ; et féliciter les artistes. Et surtout les féliciter pour la nouveauté des idées, qui apparaît dans leur création.

Je vous remercie de votre attention.

   Un autre festival.