FESTIVAL DE BANNE 2007.

Banne a vécu, cette année encore, ses deux festivals d' "ART SINGULIER, ART D'AUJOURD'HUI". Comme d'habitude, le nombre d'exposants a été, les deux fois, considérable. Quant à la foule, elle a été fidèle aux rendez-vous fixés par Marthe Pellegrino, fondatrice et organisatrice de ces manifestations ; et de Jean-Claude Crégut, Maire de Banne, qui met chaque fois à la disposition du festival, les lieux désormais devenus symboles de la fête : Les Ecuries, la Grotte du Roure, la Maison de la Cheminée ; et cet été la salle de la mairie.

Comme aux précédents festivals, un somptueux catalogue a donné à chaque artiste une page abondamment illustrée en couleurs.

A Banne, les prochaines élections municipales verront partir à la retraite, Jean-Claude Crégut, et arriver un nouveau maire. Souhaitons que ce dernier comprenne toute l'importance prise par ce village de caractère dans le monde de l'art. Et qu'il permette à la manifestation d'être toujours aussi prestigieuse. Rendez-vous en 2008 !

Jeanine Rivais.

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La tradition veut que tout le monde -organisateurs et exposants- arrive chapeauté de la manière la plus originale. 2007 n'a pas failli à la tradition. Afin d'immortaliser cette coutume, PIERRE LE HINGRAT a photographié avec humour et précision, chaque visage enchapeauté. Qu'il en soit remercié, et permette à chaque entretien réalisé avec les artistes, de s'orner d'une de ces réalisations !

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PREFACE DU CATALOGUE.

2007 : BANNE,ENCORE !

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Comme les précédentes, hautement singulière sera l'année 2007, dans le petit village de Banne en Ardèche, qui proposera aux spectateurs toujours plus nombreux, son double festival. Double par sa dénomination qui présente désormais deux facettes artistiques : " ART SINGULIER, ART D'AUJOURD'HUI ". Double par sa performance, car la demande se faisant de plus en plus multiforme et pressante, Marthe Pellegrino, son instigatrice et animatrice, a dû prévoir deux expositions annuelles.

Multiforme le festival de Banne, parce que, autodidactes ou non, les artistes qui estiment être de la mouvance singulière, créent la plupart du temps pour répondre à l'urgence d'extérioriser leur moi profond, embellir leur vie d'œuvres ancrées dans leurs racines. Subséquemment, osant sans états d'âme les " dits " les plus inattendus, ils y déclinent à l'infini humour, souffrance, quotidien ; y affirment leurs associations inimitables de couleurs, formes et matières ; y bousculent et enchevêtrent leurs graphies, leurs pictogrammes… qui dansent autour de personnages plus fantasmagoriques que réalistes.

Multiforme encore, parce que ceux qui, au contraire, se revendiquent de l'art contemporain, y proposent une gamme de compositions plus éclectiques, plus raisonnées parfois, plus cérébrales souvent. Allant de créations assez proches des œuvres singulières, pour lesquelles la différence tient à la seule volonté des artistes de se situer dans la contemporanéité ; à des recherches totalement " techniques " effectuées à partir d'outils les plus modernes : ordinateurs et logiciels spécialisés, etc.

Pressante enfin, la demande, du fait que cette frange singulière grouillant en marge de l'art dit " contemporain ", lui est désormais presque partout confrontée**. Or, même si le phénomène est en train de se produire à Banne, ils ont encore dans ce lieu la possibilité d'étaler leur richesse créative, dynamique, imaginative.

C'est pourquoi il est réconfortant que, pour les neuvième et dixième fois, -et souhaitons-le, pour bien d'autres fois encore- Banne soit voué à voir fleurir en ses lieux devenus mythiques et aux noms pittoresques (Les Ecuries, la Grotte du Roure, la Maison de la cheminée), son incontournable manifestation picturale et sculpturale, sereine, " évidente ".

Jeanine Rivais.

** En effet, seuls subsistent le " Festival d'Art singulier " créé et pérennisé à Roquevaire (Bouches-du Rhône) par Danielle Jacqui Celle qui peint, et " Bann'Art, Art singulier, Art d'aujourd'hui " qui, comme il est dit plus haut, enrichit de sa diversité, le Centre de l'Ardèche. D'autres essaient de naître. Souhaitons-leur bonne chance.

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UN TOUT PETIT PEU D'HISTOIRE… SINGULIERE.

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Fallait-il qu'il fût bien choisi, ce mot " ART BRUT " pour que, près de soixante-dix ans après son " apparition ", alors qu'il serait supposé demeurer exclusivement entre les cimaises du Château des Bergières à Lausanne, il n'en finisse pas de battre la " campagne singulière " !

Il est vrai que, lorsque Jean Dubuffet le " créa " dans une lettre, il définissait des milliers d'objets issus d'univers asilaires et carcéraux. Longtemps ignorés ou considérés avec la plus grande indifférence, voire le plus total mépris. Enfin pris en considération par des psychiatres au début du XXe siècle, et devenus " Art asilaire ".

Et voilà qu'avec l'avancée de ce siècle, s'éveillait l'intérêt humain, psychologique et collectionneur de gens comme Arnulf Rainer… Que des peintres (Max Ernst, Paul Klee, Kubin…), des écrivains et des poètes (André Breton, Henri Michaux…) émus par l'ouvrage de Marcel Réza, " L'art chez les fous ", et surtout par celui de Prinzhorn " Expressions de la folie " ; considéraient " comme leurs pairs ", ces créateurs inconscients d'avoir du talent, et " qui s'étaient mis à l'ouvrage, en toute ignorance, derrière les murs de leurs asiles ". Au fil des années, l'" Art brut " résumait ces intérêts et ces passions et devenant " histoire ", se retrouvait muséifié par celui qui l'avait sorti de son anonymat…

Mais, sous la houlette d'Alain Bourbonnais, Michel Ragon, Roger Cardinal, Madeleine Lommel, etc., la seconde moitié du siècle voyait apparaître au grand jour, d'autres créations aussi étranges, aussi puissamment psychologiques, voire psychanalytiques. Ces nouveaux passionnés tentaient de les organiser ; de canaliser sous de nouveaux vocables, leur foisonnement anarchique : Avant et indépendamment de tout le monde, Candide installait dans son Petit Musée du Bizarre, des œuvres d'Art populaire paysan. En 1975 était inaugurée à Lausanne, la Collection de l'Art brut et la Neuve Invention, Jean Dubuffet ayant autorisé le transfert des œuvres qui, jusque-là, " vivaient " rue de Sèvres à Paris.

Puis, vinrent les années 80 : 1983, naissait La Fabuloserie. 1986, l'Aracine installée à Nogent-sur-Marne, devenait officiellement musée ; et la Halle Saint Pierre abritait désormais le Musée Max Fourny d'Art naïf. 1989 le Site de la Création franche prenait corps à Bègles et dix ans plus tard devenait Musée de la Création franche. Leur succédaient, les complétant, se chevauchant ou prenant quelque distance, l'Art cru Museum à Monteton puis à Bordeaux ; l'Art en Marge à Bruxelles ; l'Art en Marche à Lapalisse et Hauterive. Plus éclectique, la Collection Cérès Franco d'Art contemporain à Lagrasse… d'autres moins grands, moins connus… Tous aussi passionnés et passionnants.

Le temps a passé. L'un après l'autre, ces musées fêtent leurs vingt ans. L'Art singulier ou Art hors-les-normes a pris le pas sur l'Art brut, ou le côtoie, puisque décidément il refuse de disparaître ! Dans l'intervalle, sont nés, sont morts, ou continuent leur démarche quasi-militante de vulgarisation, des festivals consacrés à ces créations marginales. Aujourd'hui, la Singularité galope, évolue, se rapproche de l'Art contemporain… Attendons !

Jeanine Rivais.

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VOUS AVEZ DIT SINGULIERS ? HORS-LES-NORMES ? CONTEMPORAINS ?

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De quels noms ne les a-t-on pas traités, depuis qu'ils ont été dénichés derrière des murs jusque-là bien clos ? Ils ont été, tour à tour ou en même temps, asilaires, bruts, singuliers, hors-les-normes, outsiders… marginaux toujours. Imperturbables, ils ont avancé ! Ils ont conquis géographiquement et picturalement, un champ de plus en plus vaste. Et un jour, à la fin du XXe siècle, ils sont arrivés à Banne.

Une fois là, il s'agissait de conquête, dans cette région aride, où les points culturels sont éloignés les uns des autres, et pas toujours prêts à accepter ces créateurs étranges, non-conventionnels ; bousculant tout classicisme par leur dynamique picturale, leur colorisme exacerbé, leurs déséquilibres et leurs dissymétries chaotiques, leurs expressions à la fois vraies et fictionnelles… Rêveurs, naïfs, bouleversants, provocateurs, dans l'urgence toujours. Proposant des oeuvres où l'on perçoit, plus qu'ailleurs peut-être, la force du dialogue entre eux et leur production souvent indiscrète car elle révèle crûment leurs combats.

Au demeurant accueillants, éclectiques, puisque depuis deux ans, dans le cadre de " Bann'Art ", un nouveau label jusque-là antithétique, a rejoint les leurs. Que finalement, eux, les " oubliés " de l'Art contemporain, ils ont sans états d'âme, accepté de côtoyer ceux qui s'en réclament. Et que, désormais, sans hiatus, parfois même avec des airs de famille, les uns et les autres sont prêts à assumer la mosaïque des peintures et des sculptures artistiquement enchaînées comme les rimes assonantes ou volontairement dissonantes d'un poème… Désormais, donc, ayant banni les chapelles, les labels, les appellations de moins en moins contradictoires, ils occupent et se partagent des espaces aux noms à la fois chargés de quotidien et de rêve : la Salle des fêtes, les Ecuries, la Maison de la Cheminée et la Grotte du Roure.

Subséquemment, le Festival de Banne est devenu en une presque décennie, sous la houlette de sa fondatrice, Marthe Pellegrino, et de son maire et complice, Jean-Claude Crégut, le haut lieu de la création dissidente, celle qui emplit d'admiration et de plaisir, le cœur des visiteurs. Une manifestation dont, chaque année, le public toujours plus nombreux, et les artistes invités, lisent à regret le mot " fin ". Une fin qui n'en est pas une, heureusement… A l'année prochaine !

Jeanine Rivais.