LA DONATION DE L'ARACINE-MUSEE D'ART BRUT.

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(Signature des changements de statuts, en vue de la donation du musée de L'Aracine au musée d'Art moderne et contemporain de Villeneuve-d'Ascq, en l'étude de Maître DAUCHEZ, notaire à Paris.)

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Propos recueillis par Jeanine Rivais le Mercredi 13 janvier 1999.

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Cette assemblée générale extraordinaire avait lieu à la demande des trois fondateurs de l'ARACINE : Madeleine LOMMEL, Michel NEDJAR et Claire TELLER ; et en présence d'une partie des membres du Conseil d'administration.

Claire Teller (à gauche) et Madeleine Lommel (à droite) au cours de la réunion en l'office notarial.

Il va de soi qu'une décision impliquant une telle mutation, est un grand moment dans la vie de trois personnes qui se sont si fort et si longtemps impliquées intellectuellement et sentimentalement. Et que, pour eux, émotion et fierté étaient au rendez-vous,

Maître Dauchez : Mesdames et Messieurs, l'Assemblée générale extraordinaire d'aujourd'hui a pour but de modifier les statuts de l'Aracine, en vue de la donation. La délibération reprendra donc exactement les termes de cette donation. Elle peut valablement avoir lieu puisque le quorum nécessaire est atteint : L'Article 13 des statuts stipule que doivent être présents 1/3 des membres du Conseil d'administration à jour de leur cotisation.

L'Association de l'Aracine prévoit de faire donation de l'intégralité des oeuvres dont elle est propriétaire, au profit de la communauté urbaine de Lille, aux charges et conditions suivantes :

 

Changement de dénomination du Musée de Villeneuve-d'Ascq.

Les biens donnés devront être déposés par le donataire, c'est-à-dire le bénéficiaire de la donation.

au Musée d' Art moderne et contemporain de Villeneuve-d'Ascq, dont la dénomination sera

désormais : Musée de Lille-Métropole-Villeneuve-d'Ascq, d'Art moderne et contemporain, Art brut, Ces biens devront y rester déposés.

Nous avons à tout moment eu la préoccupation --ce qui est difficile et délicat-- de faire la distinction entre ce qu'il est convenu d'appeler l'Art culturel, et l'Art brut. Je suis au courant de ces problèmes, puisque je suis Président du Comité d'orientation d'Art brut de Lausanne. J'étais le notaire de Jean Dubuffet. J'ai donc bien connu l'opération du départ de sa Collection de la France vers Lausanne. Et je salue avec un immense plaisir l'organisation d'une donation qui, je l'espère, sera génératrice d'un grand musée français de ces collections.

Distinguer les deux tendances de l'art est toujours difficile. C'est pourquoi nous avons été très attentifs à la dénomination du futur musée.

 

Y rester déposés en permanence si ce n'est pour être exceptionnellement et temporairement prêtés à, et exposés dans d'autres musées. Cette clause entraînera une modification des statuts de l'Association de gestion du nouveau musée.

Michel Nedjar (au centre) et Robert Rey (à droite)

Il serait stupide, en effet, de ne pas prévoir la possibilité d'expositions ailleurs que dans le musée !

Il faut savoir que le musée appartient à la communauté urbaine de Lille, mais qu'il existe une association, constituée à l'époque des Mazurel, et qui gère le musée. Deux membres de l'Aracine vont devenir membres de cette association. Pour ce faire, il faut modifier les statuts de l'association en question. Cela va donc exiger une organisation "en escalier", entre la donation qui sera signée dès que vous serez "en pouvoir", et l'acceptation de la communauté urbaine. L'association intercalaire va organiser des délibérations pour rendre possibles ces opérations.

 

Agrandissement du musée,

Les collections de l' Art brut devront être distinctes des autres collections. Pour permettre l'accueil de la collection objet de donation, le musée devra être agrandi et les collections installées séparément. L'extension devra répondre aux quatre fonctions traditionnelles d'un musée: conserver, présenter, étudier. et organiser des expositions. En conséquence, le musée deyra comprendre des salles d'une superficie totale d'au moins 400 m².

Nous avons en effet calculé l'espace nécessaire en cimaises, ce qui était plus évident qu'un calcul de surface au sol !

 

Il sera prévu une salle destinée aux expositions temporaires. Cette salle sera affectée exclusivement aux oeuvres d'Art brut et à des confrontations du public avec

celui-ci.

Nous avons exigé cette clause parce que j'ai toujours été frappé de ce mauvais discours tenu entre l'Art brut et par exemple les oeuvres de Dubuffet ; entre l'Art brut et les oeuvres de Gaston Chaissac ; entre l'Art brut et... et... . Les échanges ne sont pas évidents entre l'Art brut et les créateurs contemporains. Il sera donc extrêmement intéressant d'organiser des confrontations pour déterminer la distinction entre les deux, et la frange qui les sépare.

 

Une documentation, un archivage spécifiques.

Car nous n'avons pas voulu que la Collection d'Art brut ait le même lieu d'archivage que l'Art contemporain.

 

Un lieu de stockage et de traitement des oeuvres non exposées.

Et, ce qui est curieux, c'est que les conservateurs de Villeneuve-d'Ascq eux-mêmes ont exigé qu'il soit au moins égal à la surface des expositions. Et ils ont raison : étant également le notaire de Beaubourg, je me suis aperçu que l'on accepte de faire des travaux dans la partie "visible", parce que politiquement ces décisions sont bien perçues. Mais personne n'a jamais l'idée d'aller visiter les entrepôts. Dominique Bodot se plaignait de n'avoir jamais pu obtenir un lieu de stockage sur place ; parce que devoir gérer un entrepôt en banlieue est un véritable casse-tête. Il est donc bien que soit prévu pour nous un lieu important dans le futur musée.

(au fond, de face) Maître Dauchez, maître d'oeuvres dans la signature de la donation de l'Aracine,

 

Les bâtiments seront aménagés conformément à la réglementation de la Direction des Musées de France, notamment en matière de conservation des collections. Ils garantiront l'accessibilité aux personnes handicapées.

Plutôt que de poser des conditions concernant l'éclairage, etc. qui vont de soi, nous nous sommes référés aux conditions des musées qui sont extrêmement strictes.

 

Le donataire (bénéficiaire) s'attachera à proposer la meilleure desserte possible pour le musée, en prévoyant des transports en commun plus nombreux, et en aménageant des parkings.

Car il semble qu'en ce moment, ces conditions ne soient pas idéales.

Une partie de l'assistance.

Création d'un Comité artistique d'Art brut.

Nous avons essayé d'organiser au cours des discussions préliminaires, un système permettant d'avoir une mainmise technique sur tout ce qui concerne l'Art brut. Et demandé la création d'un comité spécifique d'Art brut, pour garantir justement la spécificité de la Collection. L'Association de gestion du musée dont j'ai parlé plus haut, procédera en parallèle avec le Comité de gestion ayant compétence en matière d'Art contemporain. Quant au Comité artistique d'Art brut, il sera consultatif : il n'aura pas le pouvoir de décision puisque ce pouvoir appartient au comité actuel. Mais l'usage montre que lorsque existe un comité de cette nature, on tient compte de son avis. Surtout, cet avis est consigné au cours des délibérations. Ce comité aura pour mission de

 

Faire au Président de l'Association de gestion toutes suggestions concernant la collection d'Art brut, relatives à la maîtrise d'ouvrages, la maîtrise d'oeuvres, pendant l'élaboration, la réalisation, l'aménagement des constructions, l'extension du musée et de son parc.

En effet, plutôt que de dicter les conditions de l'édification du musée, nous serons là pour vérifier que les réalisations seront bien conformes à nos idées, et donner notre avis. D'une manière générale, nous interviendrons dans les modalités de l'organisation et du fonctionnement du musée ; dans les programmes et activités artistiques et leur diffusion ; les acquisitions.

Ce dernier point me semble important, parce qu'il faut faire vivre les collections, les enrichir, mais ne pas acheter n'importe quoi. Et vous savez combien les artistes ont la tentation de venir quérir le label "Art brut" pour pouvoir ensuite être diffusés dans les galeries. C'est du moins ce qui se passe en permanence à Lausanne. Et il nous faut être de plus en plus exigeants ; non pas pour empêcher les gens d'en faire partie ; mais pour éviter cette espèce de consécration à caractère quasiment commercial !

Une partie de l'assistance.

 

Madeleine Lommel : Nous avons choisi une voie dans cet esprit de rigueur.

Maître Dauchez : Mais nous devons être extrêmement vigilants.

 

Ce Comité sera composé du Conservateur en Chef du musée; du Conservateur en charge des collections concernées --l'Art brut, bien sûr! -- ; de deux personnes désignées pour quatre ans par le Conseil d'Administration de l'assemblée de gestion du musée ; et de deux personnes désignées par l'Association l'Aracine-Musée d'Art brut, pour une période de quatre ans également. Ce comité devra s'adjoindre les conseils de toute personne qu'il jugera utile, ayant compétence particulière dans le domaine de l'Art brut, ou pour tout domaine particulier

(Architecture, muséologie etc.)

Un auditeur : Le mandat de ces personnes désignées pourra-t-il être renouvelé?

Maître Dauchez : Bien sûr. Il y a la liberté absolue du choix, contrairement à la politique où le Président de la République ne peut se présenter que deux fois.

Cette condition particulière nécessitera la modification des statuts.

 

Représentativité au sein du Conseil d'Administration.

Afin d'accorder à l'Association l'Aracine une représentativité au Conseil d'Administration, elle sera considérée comme membre de droit de l'Association de gestion ; et bénéficiera de deux sièges au Conseil d'Administration.

Ce Conseil d'Administration du musée verra arriver des personnes du musée de l'Aracine, ce qui est nouveau. Et vous permettra d'intervenir à deux niveaux : celui du Comité scientifique et celui du Conseil d'Administration du musée. Cela vous permettra d'être vigilants à tous les échelons. Ce que vous faites d'ailleurs depuis l'origine, mais que vous entendez voir poursuivre.

 

Madeleine Lommel : Autre chose m'inquiète beaucoup plus que cette question. Je crois qu'à aucun moment, nous n'avons évoqué la séparation des collections !

Maître Dauchez : Mais si, puisque nous avons dit que votre collection serait "spécifique" ! Je cite : "Les collections de l'Art brut devront être distinguées des autres collections" !

Vous allez tout donner, y compris ce que j'appellerai "les scories", c'est-à-dire ce qui a été un jour retiré ; mais reviendra peut-être, comme cela se passe à Lausanne : de temps en temps, nous reprenons dans la collection parallèle des oeuvres que nous remettons dans l'Art brut. Vous savez combien nous sommes parfois très ennuyés pour prendre une décision ! Nous ne sommes pas des magistrats statuant sur la création ! Donc, nous avons créé cette respiration qu'est la collection parallèle.

En l'occurrence, il s'agit donc de l'ensemble de ce que vous donnez par rapport aux collections déjà sur place ! Et vous pourrez faire confiance au Comité scientifique et au Conseil d'Administration qui, sans aucun doute, sauront être vigilants !

Je comprends cette difficulté, et je l'ai dit ! C'est un problème quasiment religieux. Nous sommes dans le domaine de la liturgie ! Et nous avons tous sur ce sujet des attitudes un peu raides ! Or, les conservateurs adorent faire des assimilations, mélanger les genres, mettre Wölfli à côté de Picasso ; comme ils ont mis les masques nègres à côté des cubistes, en disant que c'était la même chose ! Ce qui est idiot ! Chacun a sa force en lui-même, et ce n'est pas la peine de les comparer ! Face à ce dilemme, vous ne pourrez faire autrement, au Comité scientifique, que d'être très rigoureux. D'autant qu'il n'existe pas de l'Art brut une définition définitive ! Il dépendra donc de vous d'empêcher les conservateurs de mélanger les genres !

Une partie de l'assistance.

 

En parallèle des dispositions prises en faveur de Monsieur et Madame Mazurel, donateurs de la collection qui a fondé le musée, la Fondation de l'Aracine bénéficiera de deux voix au sein du Collège N° l de l'Assemblée générale de l'Association de gestion. Cette condition particulière entraînant la modification de l' association en question.

Gestion scientifique de la Collection.

Conformément à la réglementation en vigueur dans les musées classés et contrôlés, la gestion de cette collection sera confiée à un conservateur du Patrimoine, recruté à cet effet.

Il reste à espérer que ce sera quelqu'un d'également très vigilant. Ce sera sa chance de se distinguer des autres ; car s'il atteint cette compétence et cette spécialisation, il sera unique en France !

Placé sous l'autorité du Conservateur en Chef, il aura pour mission de conserver, étudier, enrichir les collections. Il veillera à ce que le musée présente en permanence un choix représentatif de la collection et en assure la plus large représentation possible, par des accrochages successifs et l'organisation d'expositions temporaires. Nous ne demandons pas l'exposition de la totalité de la collection, ce qui tuerait l'intérêt et dissuaderait les gens de revenir. L'effet de surprise créé par des expositions différentes est par contre une bonne motivation.

 

Enrichissement de la collection.

Dans le cadre de la procédure d'enrichissement des musées classés et contrôlés, le donataire s'engage à enrichir régulièrement la Collection de l'Art brut faisant l'objet de la présente donation, et à abonder les crédits généraux d'acquisitions d'œuvres d'art pour le musée, afin de permettre une politique cohérente d'enrichissement des collections.

Il est impossible d'y échapper : les acquisitions se font avec des procédures très particulières, valables pour tous les musées. Ainsi, à Beaubourg, même un artiste qui souhaite donner une oeuvre au musée, doit passer par la commission des acquisitions qui donne un avis.

Une partie de l'assistance.

Un auditeur : Mais il est impossible de parler de proportionnalité entre les acquisitions de l'Art culturel, et les acquisitions de l'Art brut : que signifie "enrichir" lorsque les prix sont si disproportionnés !

Maître Dauchez : Nous avions envisagé ce problème. Mais la proportionnalité est impossible, parce qu'elle touche aux règles budgétaires : Entre acheter un Picasso et acheter un Wölfli ou un Aloïse qui sont parmi les plus chers, le déséquilibre est criant.

Madeleine Lommel : Ce problème ne me préoccupe pas, car le musée a une ambition très haute !

Maître Dauchez : Sûrement, parce qu'il se trouve que les pouvoirs publics se sont aperçus de l'erreur monumentale qu'ils avaient commise, en laissant partir pour Lausanne la Collection de Jean Dubuffet ! Sachez qu'à Lausanne, le musée est parmi ceux qui ont le plus de visiteurs. Ils se rendent compte qu'ils ont manqué le coche ! Ils ont la chance, et nous avons la chance, de voir dans une région de France, un musée particulier, qui va se créer sur le même sujet. Les acquisitions n'étant en effet pas très chères par rapport à celles de l'autre collection, nous pouvons être raisonnablement sûrs qu'elles seront nombreuses.

Madeleine Lommel : Elles sont tout de même plus chères qu'autrefois !

Maître Dauchez : Mais moins chères que les collections historiques ! Le drame actuel est que les conservateurs ont laissé partir pratiquement toutes les oeuvres de la création contemporaine, et n'achètent que les oeuvres historiques ! Cette opinion est un peu sévère, mais je suis choqué de voir à quel point on n'achète pas les oeuvres pour lesquelles il y a le moindre risque !

Concernant l'Art brut, ce sera le rôle du Conseil scientifique de faire valoir la qualité d'une oeuvre et son faible coût ; et que cette relation qualité/prix permettra au musée de s'enrichir dans des proportions satisfaisantes.

Un auditeur : Je crois que la juxtaposition des deux budgets est un atout pour l'Art brut, parce que le cheval coûte toujours plus cher que l'alouette ! L'achat d'une oeuvre d'Art brut pèsera peu sur les budgets. Même avec des budgets restreints, ils pourront acheter nombre d'œuvres ! Et ne pouvant en acheter appartenant à l'Art culturel, ils utiliseront cette solution !

Maître Dauchez : On peut l'espérer en tout cas : c'est vraiment la tentation à laquelle ils vont parvenir, avec un conservateur qui sera satisfait de développer un musée sans équivalent. Et c'est aussi l'intérêt de la région.

Madeleine Lommel : Sans vouloir vendre la peau de l'ours, je crois qu'en effet, nous aurons finalement un gros budget. Ce qui m'inquiète davantage, c'est le goût qu'auront les responsables par rapport aux œuvres ! Ce problème-là sera plus difficile à gérer !

Maître Dauchez : En conclusion, nous en sommes venus à l'idée de ne pas exiger un budget chiffré, pour ce musée qui, je le répète, sera seul en son genre ! Les syndics de Lausanne sont aux petits soins pour le musée. Il devrait en être de même pour vous. Et cette concurrence amicale qui va se développer entre les deux musées sera très bénéfique pour tout le monde !

 

Les constructions destinées à abriter les collections, objet de la présente donation devront être achevées dans un délai maximum de sept ans, à compter de la signature de la donation.

Nous devrons attendre le prochain plan de budget pour mettre en oeuvre.

Madeleine Lommel : Ils nous ont promis qu'en 2004, tout serait terminé. Je crois qu'ils s'y tiendront parce que Lille sera alors la capitale culturelle de l'Europe.

Maître Dauchez : Ils sont aussi tenus par la clause révocatoire qui permet de révoquer la donation si les délais ne sont pas respectés.

 

Dès la signature de l'acceptation formelle de la donation, le musée s'engage à présenter régulièrement dans une salle d'expositions permanentes, les oeuvres de la collection. A consacrer, à partir de l'année 2000, une exposition temporaire par an, à l'Art brut. A favoriser la circulation hors des murs d'une partie de la collection, sous réserve que l'état des oeuvres le permette et que cela n'entrave pas sa conservation et son conditionnement en vue de sa présentation ,dans les futurs locaux.

En tout état de cause, l'ensemble de la collection devra rejoindre les réserves du musée deux ans au moins avant l'ouverture du futur bâtiment.

Nous sommes dans une procédure un peu complexe : dans un premier temps, vous décidez (c'est donc aujourd'hui que vous décidez) de faire la donation à Villeneuve-d'Ascq ; la Communauté urbaine fait une délibération consacrée à l'acceptation de la donation. Deuxième temps, vous signez la donation. Troisième temps, l'Association de gestion modifie ses statuts. Quatrième temps, la Communauté urbaine délibère sur l'ensemble de la réunion des documents et décide de l'acceptation de la donation.

Les parties seront liées le jour où notification vous sera faite de l'acceptation définitive de ces documents par la Communauté urbaine. L'acceptation ne vaut qu'à partir de ce moment-là, vis-à-vis du donateur. Cela se passera dans le cadre d'une petite cérémonie où vous serez conviés et au cours de laquelle les responsables (M. Maurois, sans doute) déposeront la délibération dans un acte qui consacrera l'acceptation et la notification de l'acceptation.

Actuellement, la donation est provisoire ; et vous pouvez la retirer tant qu'elle n'est pas officiellement acceptée.

 

Josué Virgil; : Sans titre (Soleil). Ciment, peinture et faïence sur roue (recto-verso).

La donation est: soumise à la condition résolutoire. Les statuts de l'association de gestion devront être modifiés dans les termes du projet, annexés aux présentes interventions de la donation.

Si les statuts de l'Association de gestion ne sont pas modifiés conformément à l'acceptation de la donation présentée par le notaire, le tout devant intervenir dans un délai de huit mois à dater de ce jour, la présente donation sera résolue de plein droit, c'est-à-dire annulée. Le donateur devra faire connaître sa volonté de se prévaloir de la présente clause par acte extrajudiciaire.

Il y a également dans la donation une deuxième possibilité : l'action révocatoire. L'action révocatoire est prévue par le Code civil, car nous sommes dans le domaine privé du droit : il est stipulé que si le bénéficiaire de la donation ne respecte pas les conditions de cette donation, le donateur peut en demander la révocation. Un exemple connu assez récent de cette situation est celui de César : la ville de Marseille lui avait promis un musée dans les deux ans de la donation. Mais les constructeurs sont tombés sur le port phénicien. Les archéologues sont arrivés et il a été impossible de reprendre les travaux. César a donc demandé la révocation de la donation, parce qu'il est impossible de faire une donation qui restera dans des greniers ! Dans le Nord, il y a eu l'affaire des terrains achetés par Toyota, mais les vestiges étant peu importants, l'affaire a été classée.

En conséquence de ce qui a été dit ci-dessus, vous donnez pouvoir à ??? Je propose que ce soit votre Présidente (Murmure approbateur) ; et à deux autres personnes ayant faculté d'agir séparément en cas de difficulté. (Sont alors désignés les deux autres co-fondateurs Michel Nedjar, Vice-Président et Claire Teller, Trésorière de l'Aracine). Leur rôle consistera éventuellement à intervenir dans l'acte de donation, prendre acte de la donation, remettre les oeuvres, contraindre à l'exécution des conditions, constater que la condition révocatoire est acquise s'il y a lieu ; en conséquence, agir, signer tous actes et pièces et généralement faire le nécessaire. (Suit une mise aux voix de ces décisions.)

Madeleine Lommel : Je voudrais encore évoquer un problème qui ne l'a jamais été devant Mme Cachin : celui de notre emblème. Je tiens à ce qu'il soit gardé, parce qu'il représente vraiment pour nous l'Art brut, qu'il nous situe par rapport aux autres musées.

Maître Dauchez : En effet, ce détail m'a échappé. Mais vous le conservez pour l'association.

Madeleine Lommel : Bien sûr, mais il est important qu'il soit gardé pour la collection ! Dans l'un des catalogues, avait été choisie, pour la couverture, une oeuvre de Scottie Wilson, et lorsque j'ai protesté, on m'a rétorqué qu'il fallait bien changer ! Pour nous, ce sigle d'après l'œuvre de Virgili est tellement représentatif ! Et puis la langue tirée, est un symbole vieux comme le monde !

Maître Dauchez : Nous essaierons donc de l'imposer gentiment dans le cadre du Comité scientifique, en demandant qu'il soit mis chaque fois que c'est possible. Il est évident que, si vous n'essayez pas de l'imposer partout, il sera accepté partout où ce sera possible, sur la porte du musée, sur la billetterie, les cartons d'invitations relatifs à l'Art brut, etc. Mais il ne peut être universellement réclamé du fait de la nécessité de séparer les deux collections ! Le seul point sur lequel vous pouvez insister, c'est qu'en aucun cas, ce symbole ne puisse disparaître pour être remplacé par un autre !...

Pour terminer, je voudrais dire, ayant préparé bien des actes semblables, combien nos interlocuteurs de Villeneuve-d'Ascq ont été chaleureux au cours de nos entrevues ou entretiens téléphoniques !

Il est alors procédé à la signature par chacun des membres présents des actes préparés au cours de cette réunion.

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Ce texte a été publié dans le N° 64 de Juin 1999, du BULLETIN DE L'ASSOCIATION LES AMIS DE FRANCOIS OZENDA.

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